
Le krach de la tulipe
Au XVIIe siècle, une tulipe peut valoir une maison. Aux Pays-Bas, la spéculation s’emballe avant un effondrement brutal en 1637.
Depuis le remembrement, commencé dans les années 1950, les haies bocagères ont massivement été arrachées. Il semble aujourd’hui que tout le monde se rende compte de leur utilité. Un plan a même été annoncé par le gouvernement. Sera-t-il appliqué ?
Contrairement à ce que l’on pense souvent, cette vaste opération d’aménagement agricole ne débute pas dans les années 1950. On recense les premières opérations de réunification de parcelles agricoles au XVIIIème siècle. Une première loi, en 1824, autorise les échanges de terrains entre particuliers afin d’améliorer la productivité. Dès 1918, la France entreprend de revoir le paysage. Mais l’opération reste modeste. De 1918 à 1941, elle ne concerne que 380 000 hectares. Le gouvernement de Vichy accélère la manœuvre. La loi du 9 mars 1941 et le décret du 7 janvier 1942 se veut une réforme de plus grande ampleur. Là encore, les résultats demeurent mitigés et ne dépassent guère ceux de l’entre-deux-guerres. En 1946, il y avait encore 145 millions de parcelles en France. Taille moyenne : 0,33 ha.
Avec le plan Monnet, la France change d’échelle. L’objectif est de remembrer 500 000 hectares en 1947, et 1 million par an dans les années qui suivent, soit un minimum de 3,5 millions d’hectares jusqu’en 1950. Dans les faits, les effets demeurent encore une fois modestes jusqu’à ce que le ministère de l’Agriculture mette la main à la poche. L’État a versé, chaque année, des millions de francs entre 1955 et 1975 pour financer le remembrement. Les agriculteurs se laissent convaincre : près de 15 millions d’hectares ont été remembrés à ce jour.
L’impact sur le paysage est énorme. D’autant que les arrachages ne cessent pas malgré les différentes dispositions. La loi sur la Protection de la nature impose, en 1976, la réalisation d’une étude d’impact avant tout remembrement. En 1985, la maîtrise d’ouvrage et le financement des opérations sont confiés aux départements. Enfin, avec la loi Paysage de 1993, l’État redevient un acteur important en confortant la place de l’étude d’impact. Rien n’y fait ! Non seulement les arrachages de haies persistent, mais en plus ils augmentent. Entre 2006 et 2014, près de 10 000 kilomètres de haies par an s’évanouissent et plus de 92 000 kilomètres au total entre 2017 et 2021. Depuis 1950, 70 % des haies, soit environ 1,4 million de kilomètres, ont disparu du bocage français selon le dernier rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER).
Dès les années 1970, des voix contre la disparition du bocage se font entendre. Certains agriculteurs, agronomes et écologues soulignent que les haies sont des refuges pour la biodiversité, mais qu’elles servent aussi à limiter le lessivage des terres en cas de gros orages, à les protéger des fortes chaleurs. En face, le discours ne change pas. Agrandissement des exploitations, simplification des parcelles, utilisation d’engins agricoles toujours plus imposants… les arguments des agriculteurs priment d’autant que les pâtures ont été remplacées par des cultures céréalières. Là où les haies constituaient un abri pour les troupeaux, elles deviennent un obstacle pour les moissonneuses-batteuses.
Même sans être arrachées, les haies sont souvent juste abandonnées. Sur la vingtaine de milliers de kilomètres de haie perdus par an, le ministère de l’agriculture estime que 15 000 kilomètres ont dépéri faute de soins. « L’agriculteur perçoit souvent la haie comme une charge nette directe liée à la plantation et à l’entretien, sans en voir les bénéfices », résume le CGAAER. Le coût de l’entretien régulier de 1 kilomètre de haies arbustives est estimé à 450 euros par an.
Est-ce un changement durable ? L’avenir le dira. Mais le gouvernement, en l’occurrence le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, et la secrétaire d’État chargée de la Biodiversité, Sarah El Haïry, propose un Pacte en faveur de la haie avec 110 millions d’euros de budget rien qu’en 2024. La France devrait replanter 50 000 kilomètres de haies d’ici 2030. Une annonce saluée… « C’est historique. On n’avait jamais mis en place des moyens réels pour renverser la tendance. Les autorités ne se contentent pas de dire qu’il faut planter des haies et des arbres mais aussi empêcher que ceux qui sont déjà en place disparaissent ou soient dégradés par de l’entretien inadapté », a réagi Philippe Hirou, président de l’association de promotion de la haie Afac-Agroforesteries. « Ce pacte ne doit pas être un énième plan de communication gouvernemental, mais bien valoriser sincèrement les haies, les arbres et l’agroforesterie dans nos campagnes », nuance la Confédération paysanne.
Toutes les discussions autour de ce plan ne sont pas encore achevées. « Face aux aléas climatiques de plus en plus intenses et fréquents, les haies et les arbres représentent une vraie solution », indique le rapport du CGAAER. Même les agriculteurs semblent de plus en plus favorables aux haies pour faire face au réchauffement climatique et à la baisse des rendements. Ils redeviennent sensibles aux services rendus qu’ils soient agronomiques » (effet brise-vent, ombre pour le bétail, lutte contre l’érosion, abri pour les prédateurs des nuisibles…), écologiques (stockage de carbone, régulation de l’eau, préservation de la biodiversité…) ou économiques (bois déchiquetés, plaquettes pour chaudières, litières pour animaux…). Tout n’est pas gagné pour autant ! Le défi est de taille : il faut convaincre les agriculteurs, organiser les labels, trouver les plants… Il s’agit de multiplier par trois ou quatre la capacité de production des pépiniéristes, selon le ministère de l’agriculture. Bref, il y a du pain sur la planche !
Avant-après remembrement : l’exemple de La Roë (Mayenne) entre 1949 et 2016.
Remembrement à Mirepoix-sur-Tarn en 1965 (JT de Toulouse)
En 1971, les Bretons commencent à dénoncer les effets du remembrement.
Michel Cointat, ministre de l’agriculture, sur le remembrement en 1972.
Les premières plantations de haies bocagères en 2004.
« La haie est un symbole fort de la réconciliation possible de tous les acteurs autour des enjeux de la transition écologique. Grâce au Pacte en faveur de la haie, l’Etat propose, en association avec les régions et autres collectivités territoriales volontaires, aux agriculteurs, associations environnementales, chasseurs, entreprises gérant des réseaux de linéaires (transport), de travailler ensemble pour arrêter la perte du linéaire et replanter des haies, et aboutir à 50 000 km de haie supplémentaires d’ici 2030. C’est un magnifique défi collectif que l’Etat accompagnera sur le temps long avec des moyens financiers inédits dans le cadre de la planification écologique voulue par le Président de la République. Cette ambition pour la haie permettra de mieux protéger la biodiversité, de stocker du carbone dans la végétation et dans les sols, de contribuer à la décarbonation de notre économie par l’apport de bois, et d’apporter un complément de revenus à nos agriculteurs par la valorisation économique des haies, et enfin de protéger et restaurer nos paysages ruraux. »
Marc Fesneau Tweet

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