Pourquoi une Journée mondiale de l’olivier ? Enjeux et menaces sur une essence emblématique

Oliviers centenaires baignés de lumière dans une oliveraie méditerranéenne.

Chaque 26 novembre, la Journée mondiale de l’olivier célèbre cet arbre emblématique du bassin méditerranéen. Proclamée en 2019 par l’UNESCO, elle souligne son importance écologique, culturelle et économique.

L’olivier, dont les premières traces de culture remontent à près de 60 000 ans, est profondément ancré dans l’histoire des civilisations méditerranéennes. Des Phéniciens aux Grecs, en passant par les Romains, cet arbre a toujours été un symbole de prospérité et de stabilité. Dans la mythologie grecque, l’olivier aurait été offert aux Athéniens par la déesse Athéna, scellant son rôle sacré. Dans la Bible et le Coran, il est mentionné comme un arbre béni. Dans toutes ces cultures, il incarne la paix, le renouveau et la force face à l’adversité.

Un arbre au cœur des économies et des paysages

Avec des millions d’hectares cultivés, l’olivier reste un pilier de nombreuses régions méditerranéennes. Il façonne des territoires entiers, du sud de l’Espagne à la Grèce, en passant par l’Italie et le Maghreb.
Au-delà de l’huile d’olive, c’est toute une filière qui en dépend : production, transformation, commerce, tourisme. L’olivier est à la fois une ressource économique et un élément structurant du paysage, souvent associé à une agriculture encore largement traditionnelle.

Les chiffres-clés

  • 1 milliard d’oliviers sont cultivés à travers le monde.
  • Environ 90 % des olives récoltées sont utilisées pour produire de l’huile.
  • L’Espagne est le leader mondial avec 45 % de la production totale d’huile d’olive, suivie de l’Italie (15 %) et de la Grèce (11 %).
  • L’huile d’olive représente 14 % de l’huile végétale consommée dans le monde, bien qu’elle ne provienne que de 3 % des surfaces cultivées en oléagineux.
  • La consommation mondiale d’huile d’olive atteint environ 2,9 millions de tonnes par an, avec des marchés en forte croissance (Asie et en Amérique du Nord).
  • Un hectare d’oliviers bien entretenu peut produire entre 2 000 et 3 000 litres d’huile d’olive par an.

Des menaces bien réelles

Depuis quelques années, plusieurs facteurs fragilisent cet équilibre.

La bactérie Xylella fastidiosa, apparue en Europe dans les années 2010, a provoqué des dégâts considérables, notamment dans le sud de l’Italie. Elle a ravagé des oliveraies entières et profondément marqué les territoires concernés.

À cela s’ajoutent les effets du changement climatique. Sécheresses plus fréquentes, épisodes de chaleur intense, gel tardif : ces phénomènes perturbent la production et fragilisent les arbres, avec des récoltes parfois très faibles, comme ce fut le cas en 2022 dans plusieurs pays producteurs.

Xylella fastidiosa, une menace pour les oliviers

Branches d’olivier desséchées avec des olives flétries, signe d’infection par la bactérie Xylella fastidiosa.

Depuis les années 2010, Xylella fastidiosa, une bactérie originaire des Amériques, s’est répandue en Europe, ravageant les oliveraies. Huit pays européens sont déjà touchés, notamment l’Espagne, la France et le Portugal. En Italie, dans la région des Pouilles, 30 % des oliveraies ont été détruites par la maladie, représentant une perte économique estimée à 1,2 milliard d’euros.

Comment lutter contre cette bactérie ?
– Favoriser les variétés résistantes, comme ‘Leccino’ ou ‘Favolosa’, qui montrent une meilleure tolérance.
– Renforcer les contrôles phytosanitaires pour éviter la propagation par les insectes piqueurs-suceurs (notamment les cicadelles).
– Développer la recherche : en 2023, l’Union européenne a investi 30 millions d’euros dans des projets de lutte contre Xylella fastidiosa.

Un patrimoine qui s’adapte

Pour autant, l’olivier n’est pas un arbre condamné. Il montre au contraire une capacité d’adaptation remarquable. On observe notamment une remontée progressive de sa culture vers le nord, en France comme ailleurs en Europe. Cette évolution se traduit par une extension progressive de sa culture vers de nouvelles régions, notamment dans le Sud-Ouest, comme en Gironde, où des plantations expérimentales et agricoles voient le jour. Cette évolution ne compense pas les pertes dans les zones historiques, mais elle témoigne d’une dynamique en cours, qui oblige à repenser les pratiques et les implantations.

La Journée mondiale de l’olivier rappelle ainsi une double réalité : celle d’un arbre profondément ancré dans les cultures et les paysages, et celle d’une espèce confrontée à des transformations rapides.

Préserver l’olivier ne consiste pas seulement à maintenir une production. Il s’agit aussi de conserver des savoir-faire, des paysages et une relation particulière entre l’homme et le vivant.
À l’heure où les équilibres agricoles évoluent, cet arbre millénaire reste un repère — à condition d’en accompagner les mutations.

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