Dans le jardin de George Sand
À Nohant, le jardin de George Sand mêle arbres remarquables, roseraie, prairies fleuries et sous-bois. Une promenade dans plus de deux siècles d’histoire.
Nohant est un village à la mesure de George Sand. Quelques maisons, une petite église romane et des ruelles où l’on ne croise presque pas de voitures. Il faut laisser la sienne sur le parking, à quelques minutes de marche, avant de rejoindre la maison de l’écrivaine. Dans la cour, les visiteurs patientent avant d’entrer. Partout, le souvenir de Frédéric Chopin accompagne celui de George Sand. Pourtant, ce n’est pas la maison que nous allons visiter. Une petite porte, sur la gauche, permet d’échapper à la foule. Quelques pas suffisent. Le calme revient. Le jardin commence.
George Sand, une femme en avance sur son temps
Née Aurore Dupin en 1804, George Sand est l’une des grandes figures de la littérature française du XIXᵉ siècle. Romancière, journaliste et femme engagée, elle publie plus de soixante-dix romans et de nombreuses nouvelles, pièces de théâtre et chroniques. Elle choisit un pseudonyme masculin pour être publiée plus librement et mène une vie indépendante qui bouscule les conventions de son époque. Elle écrit une grande partie de son œuvre à Nohant et y reçoit de nombreux artistes, parmi lesquels Frédéric Chopin, Eugène Delacroix, Gustave Flaubert ou Honoré de Balzac.
Les grands arbres, gardiens de deux siècles d’histoire
Les premiers arbres attirent immédiatement le regard. Certains dépassent largement les deux siècles. Cèdres, ifs, sophoras (ici en photo), ginkgos… Ils sont les véritables mémoires du domaine. Car le jardin n’est pas né avec George Sand. Il est créé à partir de 1793 par sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe, qui achète la propriété de Nohant et entreprend de transformer le parc. George Sand en héritera quelques années plus tard. Elle le fera évoluer à son tour, sans jamais en bouleverser l’esprit.
Du jardin d’agrément à la prairie fleurie
Au pied des grands arbres, la roseraie marque une transition. Le dessin est plus régulier, mais il n’a rien d’un jardin figé. Les roses côtoient les vivaces et annoncent déjà les grandes perspectives qui s’ouvrent un peu plus loin.
Quelques pas plus loin, la roseraie laisse place à une longue perspective. Les roses ont souffert de la canicule. En revanche, les vivaces sont en pleine forme. Sauges, népétas, achillées et graminées prennent le relais et accompagnent le visiteur jusqu’au fond du jardin. Le choix de ces plantes n’a rien d’un hasard. Elles résistent mieux aux étés de plus en plus secs et prolongent la floraison bien après celle des rosiers.
Au bout de l’allée, le décor change encore. Les massifs cèdent la place à une vaste prairie où les coquelicots dominent. Cette scène, très naturelle, digne d’un jardin naturaliste, surprend dans un domaine historique. Elle traduit pourtant l’évolution du jardin. Après la tempête de 1989, qui a détruit de nombreux arbres, le domaine a dû être repensé. Fallait-il reconstituer le jardin tel qu’il était au XIXᵉ siècle ou accompagner son évolution ? Les responsables du domaine ont choisi la seconde option. Un parti pris qui ne fait pas toujours l’unanimité. Une habitante du village nous confie qu’elle aurait préféré retrouver le jardin de son enfance. Le débat reste ouvert.
Dans le petit bois de George Sand
Arrivés au bout du jardin, beaucoup de visiteurs font demi-tour. Pourtant, la promenade ne s’arrête pas là. Une discrète allée s’enfonce dans le petit bois. Ce jour-là, après plusieurs heures passées sous une forte chaleur, l’ombre des grands arbres est la bienvenue. L’ambiance change complètement. Les massifs laissent place à un sous-bois ponctué d’arbres remarquables. Le bruit des visiteurs disparaît. On comprend pourquoi George Sand aimait venir s’y promener.
Le petit bois réserve une dernière surprise. Un sentier longe un petit cours d’eau avant de descendre en pente douce vers une vaste prairie. Ici, le décor change une nouvelle fois. Plus de massifs, plus de composition paysagère. La prairie retrouve un aspect beaucoup plus spontané. Quelques clôtures rappellent que le domaine ne se limitait pas au jardin. Comme beaucoup de grandes propriétés du XIXᵉ siècle, Nohant vivait aussi de ses terres agricoles, que George Sand suivait de près.
En revenant vers la maison, les panneaux jalonnant le parcours prennent une autre dimension. Les citations de George Sand, disséminées dans le jardin, racontent son goût pour les arbres, les fleurs et la campagne berrichonne. Elles accompagnent la promenade sans jamais l’envahir. À la sortie, le regard posé sur la demeure n’est plus tout à fait le même. Derrière ces murs, il n’y avait pas seulement une romancière. Il y avait une femme profondément attachée à la nature, qui observait les plantes autant qu’elle les écrivait. Le jardin n’est pas un décor autour de la maison. Il fait partie de l’œuvre de George Sand. Les arbres, les fleurs, les paysages du Berry reviennent sans cesse dans ses romans. En refermant la grille, on quitte un jardin, mais aussi un univers littéraire.
Le domaine au fil du temps
- 1793 : Marie-Aurore Dupin de Francueil, fille naturelle du maréchal de Saxe et grand-mère de George Sand, achète le domaine de Nohant.
- Début du XIXᵉ siècle : création du parc d’agrément et premières plantations d’arbres remarquables.
- 1821 : George Sand hérite de la propriété.
- À partir de 1836 : elle prend en main la gestion du domaine et fait évoluer le jardin sans en modifier les grandes lignes.
- 1989 : une violente tempête abat de nombreux arbres.
- Années 1990 : le parc est restauré dans un esprit plus naturaliste, privilégiant un jardin vivant plutôt qu’une reconstitution à l’identique.
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