Val Rahmeh, la passion de miss Campbell

Après le général Radcliff, May Sherwood Campbell entre en scène. Cantatrice et botaniste, elle transforme le domaine en un laboratoire végétal. Entre rigueur scientifique et mondanités excentriques, la “dame aux daturas” enrichit le jardin d’espèces rares avant de le céder à la France.

Vue ancienne du domaine de Val Rahmeh entouré de végétation méditerranéenne et exotique, avec une villa au style italo-provençal et des palmiers majestueux.

Nous devrions tous avoir dans nos relations une riche anglaise excentrique. À Val Rahmeh, elle s’appelle May Sherwood Campbell, mais les habitués la surnomment vite La « dame aux daturas ». Deux visages, deux passions… la dame a un côté Dr Jekyll et Mrs Hyde. Le soir, diva en robe de velours, elle fait vibrer les scènes d’opéra. Le jour, botaniste rigoureuse, elle se penche sur ses collections végétales, notamment celles de Nouvelles-Hébrides, situées au nord de la Nouvelle-Calédonie. Carnet en main, elle traque chaque détail d’une floraison, d’un feuillage, d’une tige. D’un côté, l’exaltation du chant, de l’autre, la précision du végétal. Si le public des salles d’opéra la voit enflammer la scène, les membres de la Société botanique des îles britanniques, dont elle est secrétaire, la connaissent sous un tout autre jour.

Val Rahmeh entre science et passion

En 1957, à 54 ans, Miss Campbell décide de troquer les projecteurs pour les corolles de fleurs. Elle acquiert Val Rahmeh, un domaine en perte de vitesse, et décide de le réveiller en lui offrant une nouvelle mission : devenir un laboratoire botanique à ciel ouvert. Elle sélectionne et importe des espèces exotiques, avec un goût marqué pour les plantes spectaculaires. Un bassin est aménagé pour accueillir des nénuphars géants et des papyrus, tandis que de nouvelles parcelles viennent agrandir le jardin. Se retrouvent bientôt bananiers, fougères arborescentes et surtout brugmansias. Ces fleurs envoûtantes qui lui vaudront son surnom, transforment le jardin en un monde onirique, oscillant entre science et envoûtement. Au passage elle rebaptise le domaine. Val Rahmeh devient « Cassa Rossa »

Les réceptions d’une botaniste mondaine

La vie au Val Rahmeh ne se limite pas aux longues journées de jardinage. Miss Campbell adore recevoir. Artistes, scientifiques, écrivains se pressent aux soirées organisées dans son havre de verdure, où la musique et la botanique s’entrelacent. C’est un jardin de contrastes, à son image : entre le formalisme britannique et l’exubérance méditerranéenne, entre la rigueur scientifique et la beauté sauvage, entre les salons mondains et les allées fleuries.

Mais maintenir un tel domaine et le train de vie de la diva coûtent cher. Elle se retrouve vite à court d’argent. Les promoteurs immobiliers flairent l’opportunité et rôdent autour de Val Rahmeh. Miss Campbell sait que vendre aux investisseurs signerait la fin du jardin. Alors, fidèle à son engagement, elle prend une décision radicale : en 1966, elle cède Val Rahmeh à l’État français. Le domaine devient un jardin botanique officiel, placé sous la gestion du Muséum national d’Histoire naturelle. Grâce à elle, Val Rahmeh échappe à la destruction et entame une nouvelle vie. Les daturas continuent d’embaumer les allées du jardin, témoins silencieux d’une époque où science et esthétisme, rigueur et excentricité se mêlaient harmonieusement sous le soleil de Menton.

Mais que reste-t-il aujourd’hui des plantations et des audaces botaniques de ses anciens propriétaires ? Entre conservation, transmission et nouveaux enjeux environnementaux, Val Rahmeh continue d’écrire son histoire, avec un regard tourné vers l’avenir…

🔜 À suivre : Val Rahmeh, un jardin sous la protection du Muséum national d’Histoire naturelle

Miss May Sherwood Campbell entourée de ses invités dans les jardins de Val Rahmeh, Menton, années 1960.
Miss May Sherwood Campbell, dernière propriétaire privée du Val Rahmeh, partage un moment convivial avec ses invités dans les jardins luxuriants de la propriété à Menton. Crédit photo : MNHN.
Vue ancienne de la villa Val Rahmeh à Menton, entourée de ses jardins avec une statue au premier plan.
La villa Val Rahmeh, dans sa splendeur d’antan, entourée de jardins soigneusement entretenus. Sous la propriété de Miss May Sherwood Campbell, ce lieu devient un centre de la botanique et de la vie sociale à Menton. Crédit photo : MNHN.
Vue historique de la villa Val Rahmeh à Menton, avec son architecture méditerranéenne et son jardin structuré, ornée d’une statue.
Le jardin de la villa Val Rahmeh à Menton, tel qu’il se présentait à l’époque de Miss May Sherwood Campbell. Ce havre de verdure, structuré autour d’allées et de massifs soignés, témoigne de l’influence britannique sur l’art du jardin en Méditerranée. Crédit photo : MNHN.
Vue sur la mer depuis le jardin de Val Rahmeh à Menton, entouré de palmiers et de plantes exotiques.
Depuis les terrasses du jardin de Val Rahmeh, la Méditerranée s’offre aux visiteurs, entourée d’une végétation luxuriante. © MNHN – A. Iatzoura

Les brugmansias, les vraies reines du Val Rahmeh

Si l’on surnommait Miss May Sherwood Campbell la “dame aux daturas”, on l’appellerait aujourd’hui la « dame aux brugmensias ». Mais, à l’époque, on ne faisait pas la différence entre les deux végétaux. Brugmensias et daturas ne deviendront des espèces distinctes que dans les années 1990. Le jardin du Val Rahmeh abritait en réalité une collection de ces arbres et arbustes originaires d’Amérique du Sud. Ces plantes embaumaient l’air de leur parfum capiteux à la tombée du jour. 

À la différence des daturas, qui sont des plantes herbacées à fleurs dressées, les brugmansias sont des arbustes ou petits arbres aux fleurs pendantes. Ces plantes exotiques, souvent surnommées trompette des anges, ont fasciné botanistes et jardiniers par leur floraison spectaculaire et leur parfum envoûtant. Miss Campbell, passionnée de botanique, en cultivait plusieurs variétés, contribuant ainsi à enrichir la palette florale du Val Rahmeh. Aujourd’hui encore, le jardin conserve certaines espèces de ces solanacées fascinantes, offrant un spectacle sensoriel inoubliable aux visiteurs.

Comment cultiver un brugmansia ?

Pour bien s’épanouir, le brugmansia a besoin d’un emplacement en plein soleil ou à mi-ombre, tout en étant protégé du vent. Son arrosage doit être abondant, en particulier pendant la saison chaude, car cette plante est très gourmande en eau. Il apprécie un sol riche, bien drainé et régulièrement amendé avec du compost pour stimuler sa floraison. Plutôt frileux, le brugmansia ne supporte pas le gel : en climat froid, il est préférable de le cultiver en pot pour pouvoir l’hiverner à l’abri. Un léger entretien après la floraison, notamment une taille des tiges défleuries, permet d’encourager la pousse de nouvelles fleurs.

Attention ! Toutes les parties du brugmansia sont toxiques et peuvent provoquer des troubles graves en cas d’ingestion. Il est donc recommandé de le cultiver hors de portée des enfants et des animaux domestiques.

Brugmansia arborea en pleine floraison au jardin du Val Rahmeh, Menton, avec ses grandes fleurs blanches en forme de trompettes pendantes.
Espece éteinte à l'état sauvage, Brugmansia arborea se caractérise par sa taille : il mesure près de 7 m de hauteur. Ses grandes fleurs sont blanches ou légèrement crème en forme de trompette. Il est originaire d’Amérique du Sud et très prisé pour son parfum intense le soir. Crédit photo : Pascal Soreau.
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