Hivers détrempés, étés brûlés : le jardin sous pression
Spécialiste du climat et de l’agriculture, Jean-François Berthoumieu analyse l’évolution du Gulf Stream sans catastrophisme. Pas d’arrêt brutal, mais un climat déjà en mutation, avec des conséquences directes sur les sols, l’eau et les végétaux.
La Tête dans les Pâquerettes : Le Gulf Stream est-il réellement menacé de disparition ?
Jean-François Berthoumieu : Non, pas dans le sens où on l’entend souvent. Tant qu’il existe un différentiel de température entre l’équateur et les pôles, les courants marins continueront de circuler. La fonte du Groenland peut apporter de l’eau douce en surface et perturber localement les échanges, mais cela reste secondaire. Le moteur du système, c’est le gradient thermique global. Le Gulf Stream pourra se modifier, se déplacer, mais il ne va pas s’arrêter. Ce n’est d’ailleurs pas ce que l’on observe aujourd’hui.
Il faut repenser complètement la gestion de l’eau. L’enjeu, c’est à la fois d’évacuer les excès en hiver et de conserver cette eau pour l’été.
Jean-François Berthoumieu
La Tête dans les Pâquerettes : Quels changements climatiques sont déjà visibles ?
Jean-François Berthoumieu : Ce que l’on observe, c’est une accentuation des contrastes saisonniers. Les hivers deviennent plus doux et plus humides, parce qu’un océan plus chaud favorise l’évaporation lorsque de l’air froid circule au-dessus. Cela entraîne davantage de précipitations. En revanche, en été, l’air est souvent plus chaud que l’eau, ce qui limite les échanges et donc les pluies. On se retrouve avec des étés plus secs, parfois plus longs, et des épisodes de sécheresse plus marqués.
La Tête dans les Pâquerettes : Quelles conséquences pour les végétaux et les jardins ?
Jean-François Berthoumieu : Le problème principal, c’est l’enchaînement des stress. En hiver, les sols peuvent être saturés d’eau, ce qui provoque des phénomènes d’asphyxie racinaire. Les racines manquent d’oxygène, ce qui fragilise les plantes et favorise certaines maladies, notamment des champignons. Puis, en été, ces mêmes plantes doivent faire face à un manque d’eau, alors que leur système racinaire a été affaibli. À cela s’ajoute le fait que des hivers plus doux permettent aux parasites de survivre davantage et de se reproduire plus vite. On va donc vers des pressions sanitaires plus importantes.
La Tête dans les Pâquerettes : Comment s’adapter à ces évolutions ?
Jean-François Berthoumieu : Il faut repenser complètement la gestion de l’eau. L’enjeu, c’est à la fois d’évacuer les excès en hiver et de conserver cette eau pour l’été. Cela passe par des systèmes de stockage, mais aussi par un travail sur les sols. Des solutions comme le biochar peuvent améliorer leur structure, en favorisant à la fois l’aération et la rétention d’eau. Plus largement, il faut apprendre à fonctionner avec des cycles plus contrastés. Le Gulf Stream reste un atout pour l’Europe, parce qu’il adoucit notre climat, mais il ne suffira plus à compenser les effets du réchauffement. Les changements sont déjà là, et ils vont s’accentuer dans les vingt prochaines années.
Jean-François Berthoumieu
Climatologue, spécialiste des interactions entre climat et agriculture
Intervenant régulier sur les enjeux eau, sols et cultures
Sur le même thème
Ce que la neige apporte au jardin… quand elle est…
Protection du sol, eau lentement infiltrée, apports modestes mais utiles : la neige participe à l’équilibre du jardin. Un rôle discret, aujourd’hui fragilisé par la raréfaction des épisodes neigeux.
Tempête Ciaran : les jardins pansent leurs blessures
Arbres déracinés, serres endommagées, collections fragilisées : au lendemain de la tempête Ciaran, les jardins bretons dressaient un premier bilan des dégâts.
Après le remembrement, le temps des regrets
Le remembrement a profondément transformé les campagnes françaises. Malgré une prise de conscience tardive, la reconstruction du bocage reste un chantier colossal.
Nos dernières parutions
Après la canicule, comment aider les arbres ?
Feuilles brunes, rameaux desséchés… Faut-il arroser, tailler ou attendre ? Après un été difficile, mieux vaut parfois laisser du temps aux arbres pour récupérer.
Le jardin de curé, un modèle toujours actuel
Clos, structuré mais généreusement planté, le jardin de curé s’est développé autour...
Que semer au potager en automne ?
Mâche, épinards, radis, navets… En septembre et octobre, le potager est loin...
Le haricot à rames prend de la hauteur
Productif et peu encombrant au sol, le haricot à rames trouve facilement...
Ce que les lecteurs ont consulté cette semaine
Ce que les lecteurs ont consulté cette semaine
Une question, une observation ? Laissez-nous un mot juste ici.
Une question, une observation ? Laissez-nous un mot juste ici.