
Le krach de la tulipe
Au XVIIe siècle, une tulipe peut valoir une maison. Aux Pays-Bas, la spéculation s’emballe avant un effondrement brutal en 1637.
Après le général Radcliff, May Sherwood Campbell entre en scène. Cantatrice et botaniste, elle transforme le domaine en un laboratoire végétal. Entre rigueur scientifique et mondanités excentriques, la “dame aux daturas” enrichit le jardin d’espèces rares avant de le céder à la France.
Nous devrions tous avoir dans nos relations une riche anglaise excentrique. À Val Rahmeh, elle s’appelle May Sherwood Campbell, mais les habitués la surnomment vite La « dame aux daturas ». Deux visages, deux passions… la dame a un côté Dr Jekyll et Mrs Hyde. Le soir, diva en robe de velours, elle fait vibrer les scènes d’opéra. Le jour, botaniste rigoureuse, elle se penche sur ses collections végétales, notamment celles de Nouvelles-Hébrides, situées au nord de la Nouvelle-Calédonie. Carnet en main, elle traque chaque détail d’une floraison, d’un feuillage, d’une tige. D’un côté, l’exaltation du chant, de l’autre, la précision du végétal. Si le public des salles d’opéra la voit enflammer la scène, les membres de la Société botanique des îles britanniques, dont elle est secrétaire, la connaissent sous un tout autre jour.
En 1957, à 54 ans, Miss Campbell décide de troquer les projecteurs pour les corolles de fleurs. Elle acquiert Val Rahmeh, un domaine en perte de vitesse, et décide de le réveiller en lui offrant une nouvelle mission : devenir un laboratoire botanique à ciel ouvert. Elle sélectionne et importe des espèces exotiques, avec un goût marqué pour les plantes spectaculaires. Un bassin est aménagé pour accueillir des nénuphars géants et des papyrus, tandis que de nouvelles parcelles viennent agrandir le jardin. Se retrouvent bientôt bananiers, fougères arborescentes et surtout brugmansias. Ces fleurs envoûtantes qui lui vaudront son surnom, transforment le jardin en un monde onirique, oscillant entre science et envoûtement. Au passage elle rebaptise le domaine. Val Rahmeh devient « Cassa Rossa »
La vie au Val Rahmeh ne se limite pas aux longues journées de jardinage. Miss Campbell adore recevoir. Artistes, scientifiques, écrivains se pressent aux soirées organisées dans son havre de verdure, où la musique et la botanique s’entrelacent. C’est un jardin de contrastes, à son image : entre le formalisme britannique et l’exubérance méditerranéenne, entre la rigueur scientifique et la beauté sauvage, entre les salons mondains et les allées fleuries.
Mais maintenir un tel domaine et le train de vie de la diva coûtent cher. Elle se retrouve vite à court d’argent. Les promoteurs immobiliers flairent l’opportunité et rôdent autour de Val Rahmeh. Miss Campbell sait que vendre aux investisseurs signerait la fin du jardin. Alors, fidèle à son engagement, elle prend une décision radicale : en 1966, elle cède Val Rahmeh à l’État français. Le domaine devient un jardin botanique officiel, placé sous la gestion du Muséum national d’Histoire naturelle. Grâce à elle, Val Rahmeh échappe à la destruction et entame une nouvelle vie. Les daturas continuent d’embaumer les allées du jardin, témoins silencieux d’une époque où science et esthétisme, rigueur et excentricité se mêlaient harmonieusement sous le soleil de Menton.
Mais que reste-t-il aujourd’hui des plantations et des audaces botaniques de ses anciens propriétaires ? Entre conservation, transmission et nouveaux enjeux environnementaux, Val Rahmeh continue d’écrire son histoire, avec un regard tourné vers l’avenir…
🔜 À suivre : Val Rahmeh, un jardin sous la protection du Muséum national d’Histoire naturelle
Si l’on surnommait Miss May Sherwood Campbell la “dame aux daturas”, on l’appellerait aujourd’hui la « dame aux brugmensias ». Mais, à l’époque, on ne faisait pas la différence entre les deux végétaux. Brugmensias et daturas ne deviendront des espèces distinctes que dans les années 1990. Le jardin du Val Rahmeh abritait en réalité une collection de ces arbres et arbustes originaires d’Amérique du Sud. Ces plantes embaumaient l’air de leur parfum capiteux à la tombée du jour.
À la différence des daturas, qui sont des plantes herbacées à fleurs dressées, les brugmansias sont des arbustes ou petits arbres aux fleurs pendantes. Ces plantes exotiques, souvent surnommées trompette des anges, ont fasciné botanistes et jardiniers par leur floraison spectaculaire et leur parfum envoûtant. Miss Campbell, passionnée de botanique, en cultivait plusieurs variétés, contribuant ainsi à enrichir la palette florale du Val Rahmeh. Aujourd’hui encore, le jardin conserve certaines espèces de ces solanacées fascinantes, offrant un spectacle sensoriel inoubliable aux visiteurs.
Pour bien s’épanouir, le brugmansia a besoin d’un emplacement en plein soleil ou à mi-ombre, tout en étant protégé du vent. Son arrosage doit être abondant, en particulier pendant la saison chaude, car cette plante est très gourmande en eau. Il apprécie un sol riche, bien drainé et régulièrement amendé avec du compost pour stimuler sa floraison. Plutôt frileux, le brugmansia ne supporte pas le gel : en climat froid, il est préférable de le cultiver en pot pour pouvoir l’hiverner à l’abri. Un léger entretien après la floraison, notamment une taille des tiges défleuries, permet d’encourager la pousse de nouvelles fleurs.
Attention ! Toutes les parties du brugmansia sont toxiques et peuvent provoquer des troubles graves en cas d’ingestion. Il est donc recommandé de le cultiver hors de portée des enfants et des animaux domestiques.

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