André Le Nôtre, le roi des jardiniers
Avant Versailles, il y eut Vaux-le-Vicomte. C’est dans ce domaine voulu par Nicolas Fouquet qu’André Le Nôtre inventa au XVIIe siècle les grands principes du jardin à la française. Perspectives, symétrie, jeux d’optique : son influence marque encore aujourd’hui l’art des jardins.
Nous sommes le 17 août 1661. C’est la fête à Vaulx-le-Vicomte. Le surintendant des finances, Nicolas Fouquet (46 ans), a invité Louis XIV à une réception dans sa nouvelle demeure. Le roi Soleil (23 ans) débarque avec sa mère Anne d’Autriche, sa maîtresse Louise de la Vallière et 600 courtisans. La réception est grandiose : François Vatel aux cuisines, Charles Le Brun à la décoration, Lully à la musique, Molière à la comédie… et André Le Nôtre aux jardins. Sacrée pendaison de crémaillère !
Le souverain s’émerveille. Il apprécie particulièrement les jardins illuminés pour l’occasion par des feux d’artifice. Louis XIV reconnaît l’aspect novateur des aménagements d’André Le Nôtre. Le souverain n’ignore rien des jardins à la française : ils existent depuis un siècle déjà.
Inspirés par les jardins de la Renaissance italienne, ils se caractérisent par leur aspect symétrique, l’omniprésence de grandes allées et de terrasses, l’utilisation de parterres, de jeux d’eau, de grottes…
Une invention qui va marquer la France
Cet art du jardin à la française, André Le Nôtre va le porter à la perfection à Vaux-le-Vicomte. Pour cela, il utilise les nouvelles connaissances de l’époque : les lois optiques de Descartes, les techniques d’observation de Galilée, l’invention du rapporteur et celle du graphomètre pour calculer les angles.
Autre innovation : Le Nôtre commence par concevoir le parc en même temps que la demeure. Il abolit les murs d’enceinte du jardin pour agrandir l’espace. Surtout il déforme la symétrie pour l’accentuer. C’est ce que l’on nomme la perspective augmentée.
Les bassins sont de plus en plus grands au fur et à mesure que l’on s’éloigne du château. Le bassin carré est ainsi 8 fois plus grand que le rond d’eau. Le but ? Il s’agit de dissimuler les dimensions des jardins. Ils mesurent tout de même 3 km de longueur pour 1,5 km de largeur. Le Nôtre veut donner l’impression que le fond du parc n’est pas si éloigné que cela. Une invitation à la promenade…
En revanche, il rompt la symétrie grâce à 3 axes transversaux, allées et canaux, pour apporter rythme et dynamisme. Enfin il joue sur l’emplacement et la hauteur des terrasses pour offrir une découverte progressive des jardins. À l’inverse, du fond du parc, la bâtisse semble majestueuse. Comme un peintre, il fixe l’œil à l’aide de parterres, de jeux d’eau et de statues. Le Nôtre nous promène tout au long du jardin grâce à ses effets d’optique. Une merveille qui n’a rien perdu de sa magie…
Une gloire éternelle
Le conte du petit jardinier qui devient le créateur de Versailles pour le roi a tout pour séduire mais il est bien loin de la réalité. André Le Nôtre vient d’une grande famille. D’origine tourangelle, les Le Nôtre débarque à Paris sous la houlette de Marie de Médicis. Fils et petit-fils de jardiniers au service des rois de France, André Le Nôtre naît le 12 mars 1713 à Paris. La particularité du jeune homme, c’est qu’il commence par étudier la peinture dans l’atelier du peintre Simon Vouet. Perspective, ligne de fuite, horizon n’ont pas de secret pour lui. Il ne devient « jardinier » qu’à 22 ans et il travaille pour Gaston d’Orléans, le frère de Louis XIII.
Très vite, entre 1635 et 1637, Louis Le Nôtre dessine son premier parc : Philippe de Kessel se fait construire un château à Wattignies (59) et veut lui adjoindre des jardins. On y retrouve les allées en angles aigus, l’exposition sud-est, le dégradé des essences d’arbres en perspective, les grands pots Médicis sculptés dans la pierre et le théâtre de verdure qui composeront la plupart de ses réalisations. Nicolas Fouquet n’est donc plus inconnu depuis longtemps quand Nicolas Fouquet lui confie la construction du parc en 1656.
Le jardinier a appris de son père les bonnes manières de la cour. Il y excelle et sait se maintenir dans les bonnes faveurs du souverain. Anobli en 1675, il fait graver 3 limaçons sur ses armoiries. En 1693, il quitte la cour. En 1700, celui que la cour surnommait « le bonhomme Le Nôtre » décède. Il lègue à Louis XIV une inestimable collection de toiles de maître. Courtisan jusque dans la mort
Sur le même thème
Visite au jardin de La Ballue
Entre sculptures végétales et jeux de perspectives, le jardin de La Ballue invite à la flânerie. Un labyrinthe de chambres de verdure à découvrir aux marches de la Bretagne.
La grande histoire des statues au jardin
De la Villa d’Hadrien aux créations de Chaumont, la sculpture au jardin accompagne nos regards : mémoire, présence, invention. Et parfois, un simple Bouddha dans l’herbe.
Plantes pour un jardin naturaliste
Quelles plantes choisir pour créer un jardin naturaliste ? Voici une sélection adaptée au nord et au sud de la France, pour composer un jardin vivant, durable et équilibré.
Nos dernières parutions
Le satoimo, ce taro japonais encore rare en France
Cultivé depuis des siècles au Japon, le satoimo séduit par sa texture fondante, son feuillage exotique et son goût entre châtaigne et pomme de terre.
Alexandra Rabczynska, danser pour se reconstruire
À Choisy-le-Roi, Alexandra Rabczynska utilise la danse-thérapie pour aider chacun à retrouver...
Ces plantes du Sud qui remontent vers le nord
Oliviers, vignes bretonnes, chênes verts… Le réchauffement climatique modifie déjà la palette...
Ce que les lecteurs ont consulté cette semaine
Ce que les lecteurs ont consulté cette semaine
Une question, une observation ? Laissez-nous un mot juste ici.