Pyrale du buis : que faire face à ce ravageur ?
Présente dans de nombreux jardins depuis plusieurs années, la pyrale du buis continue de poser question. Comment la reconnaître, quand agir et jusqu’où intervenir sans céder à la panique ? Éléments de réponse.
Avec le printemps, les buis arborent de jeunes feuilles vert clair qui tranchent sur le feuillage vert foncé de l’année précédente. Le jardinier commence déjà à penser à égaliser la pousse de l’année, voire à la meilleure manière de réparer les trous laissés par une coupe antérieure. Mais, à y regarder de plus près, il s’aperçoit vite qu’il y a plus urgent. Certaines feuilles des arbustes ont été dévorées et des fils de soie se distinguent nettement à l’extrémité du feuillage. Les signes sont aisément reconnaissables.
Reconnaître la pyrale du buis
Après 2 ans de discrétion, un phénomène sans doute lié à la chaleur et à la sécheresse, la pyrale du buis (Cydalima perspectalis) a fait son grand retour. Il faut intervenir rapidement avant que l’arbuste ne dépérisse. En inspectant plus attentivement les buis, le jardinier finit par repérer la coupable, une chenille verte avec des bandes noires. Elle se fond parfaitement dans le paysage, surtout quand elle se trouve au revers des feuilles. La solution est simple : il faut épandre du bacille de Thuringe (Bacillus Thuringiensis), un produit naturel. Cette bactérie l’empêche de se nourrir. La chenille meurt en quelques jours. Le produit se trouve facilement dans le commerce. Le sachet doit être dilué entre 3 et 5 l d’eau selon la posologie. Il suffit ensuite d’arroser avec un pulvérisateur à main, le liquide sort quand le jardinier pompe.
Pour être le plus efficace possible, il convient d’agir en fin de journée par beau temps. La pluie compromettrait évidemment l’opération. Et le vent complique la tache. Il faut renouveler l’arrosage d’eau et de bacille une semaine plus tard. Selon le degré d’attaque, une nouvelle application doit être faite en juin, et, à coup sûr, en septembre. Il n’est pas rare d’avoir 2 à 4 générations de pyrales par an.
Les périodes clés pour agir
• Mars – avril : reprise d’activité des chenilles après l’hiver. Inspection indispensable, premiers traitements possibles.
• Mai – juin : période critique. Les attaques peuvent être fulgurantes. Traitement biologique recommandé dès les premiers signes.
• Juillet – août : nouvelles générations. Surveillance renforcée, surtout en cas d’été chaud.
• Septembre – octobre : dernières interventions possibles avant l’hivernage.
En hiver, la pyrale est inactive : aucun traitement n’est efficace à cette période.
La lutte par confusion sexuelle
Pour contrer la pyrale, il existe également des pièges à phéromone. Ils sont censés attirer les mâles et limiter la reproduction mais cette méthode semble moins efficace et surtout moins utile pour un jardinier amateur. Ce piège constitue surtout un indicateur de l’importance de la présence de ce papillon nocturne, si difficile à repérer autrement.
Bien sûr, la perte d’un buis dans un jardin privé n’est pas un drame en soi. C’est juste triste. Le problème, c’est que l’insecte arrivé d’Asie en 2008 a provoqué des dégâts considérables. A la fin du XVIe siècle, Claude Mollet, jardinier d’Henri IV, introduisit massivement le buis en France. L’arbuste résiste au froid, apprécie aussi bien l’ombre que la lumière, les sols secs ou humides, acides ou calcaires… Cette faculté d’adaptation hors norme et la multiplicité de ses usages (bordure, art topiaire, haie…) expliquent son omniprésence dans les jardins, petits et grands. Les jardins à la française ont pâti les premiers de l’arrivée de la pyrale. Les châteaux de Chambord ou de Vaux-le-Vicomte par exemple ont arraché tous leurs pieds de buis. Aujourd’hui les parcs historiques les remplacent peu à peu par des variétés plus résistantes comme l’osmanthe, le fusain du Japon, le houx. Et des nouvelles variétés de buis résistantes à la pyrale sont attendues avec impatience.
Le jardinier doit aussi oeuvrer pour protéger la nature. Dans les régions montagneuses, les buis se sont faits littéralement dévorer. Dans la Drôme, en automne, le nombre de papillons étaient tel que les automobilistes ne pouvaient plus conduire de nuit. Enfin, les pieds desséchés de buis ont, par exemple, entraînés de violents incendies dans la vallée de l’Ain.
Il n’est pas question d’éradiquer la pyrale – est-ce seulement possible ? – juste d’apprendre à vivre avec et à limiter sa population.
Questions fréquentes
Oui. En cas d’attaques répétées et non traitées, le buis peut être entièrement défolié et finir par mourir, surtout s’il est déjà affaibli.
Parfois, oui. Si le bois est encore vivant, une taille sévère suivie d’un traitement adapté peut permettre une reprise. La rapidité d’intervention est déterminante.
Pas forcément. Dans certains jardins, le buis peut encore être conservé, à condition d’accepter une surveillance régulière. Dans d’autres cas, des alternatives végétales peuvent être envisagées.
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