Houman Ardalan redonne vie au bois

Courtier devenu menuisier, Houman Ardalan a fait de son atelier un espace de création et de transmission. Sa passion pour le bois n’a d’égale que sa détestation du gaspillage. Mais par-dessous tout, l’artisan veut transmettre son savoir-faire aux jeunes générations.

Portrait d’Houman Ardalan, menuisier et ancien courtier, assis dans son atelier à Choisy-le-Roi.
L’atelier d’Houman Ardalan avec des équipements et des créations artisanales en bois, éclairé par une lumière naturelle provenant de grandes fenêtres.
Vue intérieure de l’atelier d’Houman Ardalan, avec un établi en bois, des outils, et une grande fenêtre lumineuse donnant sur l’extérieur.

La vie est faite de ruptures. Nul ne le sait mieux qu’Houman Ardalan. Pour lui, la première cassure provient sûrement de l’exil. Il était déjà adolescent quand sa famille décide de quitter son pays natal. L’Iran doit se défendre face à l’Irak de Saddam Hussein. Le jeune Iranien arrive à Paris un peu déboussolé : « Ça n’a pas été facile de tout laisser derrière soi. » Mais il s’adapte. Il commente : « Quelques années plus tard, quand ma mère et ma sœur sont retournées en Iran, je me suis retrouvé seul. Je n’avais pas envie de revivre un autre déracinement. J’aurais pu mal tourner, mais le sport m’a sauvé. »

Du marché au calme de l’atelier

Côté étude, il avait opté pour l’économie. Il est devenu courtier en 1992, il exécutait les ordres d’achat et de vente de ses clients. Il travaillait alors au palais Brognard à Paris. C’était encore le marché à la criée. Bruit, stress, peur de l’erreur…  Houman Ardalan appréciait pourtant cette effervescence. « Au fil du temps, le métier a beaucoup changé », constate-t-il. Le palais Brognard a fermé en 1998. Il s’est donc retrouvé dans un bureau. Les horaires se sont allongés et la rémunération a baissé. Et toujours avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. « C’était également devenu trop abstrait, déconnecté. Je voulais créer, faire quelque chose de concret, de mes mains », confie-t-il.

Le moment de sortir du bois

Houman Ardalan opte pour une nouvelle rupture : « Depuis tout petit, j’ai toujours été attiré par le bois. ». En 2013, il franchit le pas en montant l’association Ouvraj, dédiée à l’artisanat du bois, et passe un CAP de menuiserie. Il affine aussi ses compétences en regardant des tutos sur internet. « Le bois est une matière vivante, noble. Chaque essence a son caractère et ses défis », explique-t-il. Il commence par réutiliser des palettes, transformant ce qui semblait inutile en objets du quotidien. « Nous jetons tellement. Même les branches trouvées au parc ou les cagettes peuvent trouver une seconde vie. » Le gaspillage l’insupporte. Montrant une corbeille à fruits réalisée avec du bois de passiflore, il dit avec fierté : « Je n’ai jamais acheté un mètre de bois. La matière première est partout. C’est une vraie liberté que ce métier offre. » De fil en aiguille, les commandes se font plus nombreuses.

Ce savoir, Houman Ardalan entend bien le transmettre. Dans son atelier, il accueille régulièrement des élèves pour leur apprendre la menuiserie. Il s’enthousiasme : « J’ai accompagné des lycéens et même des enfants de 8-9 ans. Ils sont incroyablement ouverts et curieux. On sous-estime souvent ce qu’ils sont capables de faire. »

Il est parvenu à réunir ses passions : pédagogie, menuiserie et sport. Un sac de boxe se balance dans son atelier. S’il pratique désormais le tennis, il a aussi entraîné les jeunes au foot au stade Jean-Bouin pendant 2 ans. Installé à Choisy-le-Roi depuis une vingtaine d’année, il garde un lien fort avec l’Iran et s’inquiète de l’actualité syrienne. Mais désormais il suit la même ligne : « À 57 ans, mon objectif est clair : continuer à produire des objets de qualité et transmettre mon savoir-faire aux jeunes générations. Je veux que cet atelier reste un lieu de création et de partage. » La vie est aussi faite de continuités…

Le bois est une matière vivante, noble. Chaque essence a son caractère et ses défis.

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