David Erevantzi, un sculpteur à New York

L’artiste choisyen de 86 ans s’apprête à présenter 90 œuvres aux États-Unis. L’occasion de revenir sur le travail de David Erevantzi, un sculpteur dont les créations, de Choisy-le-Roi au Vatican, portent les valeurs qui guident sa vie : liberté, démocratie et humanisme.

Portrait du sculpteur David Erevanzi devant l’une de ses sculptures installées dans le parc de la mairie de Choisy-le-Roi
David Erevanzi devant l’une de ses sculptures installées dans le parc de la mairie de Choisy-le-Roi. Photo : Toufik Oulmi

Ses yeux pétillent de malice, David Erevantzi est assez satisfait de l’exposition que lui organisent les galeristes américains. Ils vont rassembler 90 de ses œuvres dans le New Jersey, aux portes de New York. Elles seront prêtées par des collectionneurs privés. David Erevantzi explique : « Ils voulaient faire ça l’an dernier, mais je préfère prendre mon temps. Il y a beaucoup de travail. Par exemple, il faut faire le catalogue. » Ce sera donc dans quelques mois. Cette rétrospective constitue une consécration pour le sculpteur. Une reconnaissance internationale.

Aucune statue n'est plus importante à mes yeux l'une que l'autre. Chacune est mon enfant »

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De l’Arménie à la France

L’histoire commence avec sa naissance en 1940 en Arménie soviétique. Son père décède au combat pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il ne le connaitra jamais. « Il fallait bien lutter contre le fascisme », souligne David Erevantzi. Sa mère élève seule ses trois enfants. Le jeune David étudie la joaillerie et les arts décoratifs. En 1974, une histoire d’amour avec une Française change sa vie. À 34 ans, passeport soviétique en poche, il quitte Erevan pour Paris. Il s’amuse : « Je suis venu comme une pierre brute, la France m’a taillé. »

Installé à Choisy-le-Roi dans les années 1980, David Erevantzi y crée sans relâche. Sa sculpture choisyenne la plus emblématique reste Naissance de la paix, inaugurée en 2004 dans le parc de la mairie. Inspirée d’un poème d’Aragon, l’œuvre mêle maternité et colombe. « J’ai choisi le bronze pour qu’elle dure, pour qu’elle transmette. »

Statue de William Saroyan à Erevan, sculpture monumentale en bronze réalisée par David Erevanzi
Statue de William Saroyan, sculpture monumentale en bronze réalisée par David Erevanzi, à Erevan. Photo : Tony Bowden/Flickr
Maternité — sculpture en bronze de David Erevantzi représentant une mère et son enfant
Maternité, bronze original de David Erevantzi représentant une mère et son enfant.
Monument en hommage à Komitas, sculpture monumentale en bronze de David Erevanzi à Paris
Monument en hommage à Komitas, sculpture monumentale en bronze réalisée par David Erevanzi, installée à Paris.

Mondialement connu

Sculpteur polyvalent, il travaille le métal, la pierre, le marbre, le bronze, la porcelaine, la terre. « Le four, c’est le meilleur maestro, sourit-il. À 700 °C, 800 °C, voire 1 200 °C, on ne sait jamais si l’œuvre va naître ou claquer. » Sa carrière, riche d’environ 300 pièces, traverse les frontières : il dresse des monuments à Paris, en Tchéquie, en Arménie… En 2018, il réalise pour le Vatican une statue de Grégoire de Narek, un saint arménien, commandée par le pape François. Une œuvre dont il est particulièrement fier puisque c’est la seule sculpture installée dans les jardins du Vatican. Il nuance : « Aucune statue n’est moins importante à mes yeux. Chacune est mon enfant, chacune mérite une attention toute particulière. Je crée avec mon esprit, avec mon cœur. » « David est exceptionnel. Il excelle dans le souci du détail sur les statues de grande taille », affirme Pavel Horák, le fondeur qui travaille avec le sculpteur depuis plus de 20 ans.

Aujourd’hui, l’artiste, malade, peine à sculpter, mais il ne renonce pas : « Tant que je peux créer, je suis vivant. » Il garde un œil sur l’actualité de l’Arménie, son pays d’origine. De l’autre, il surveille les préparatifs de l’exposition américaine. Elle dira bientôt ce que Choisy sait déjà : sa sculpture n’a jamais cessé de montrer ses valeurs. « Liberté, démocratie, humanisme : c’est ce que j’ai toujours cherché », résume David Erevantzi.

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