Côte d’Azur, Paris, Chaumont… Le Périgourdin est de tous les évènements de créations de jardin. Une activité tout azimut grâce à laquelle il entend bien mettre en valeur le travail des professionnels du paysage.

Le paysagiste est venu de Dordogne

Vous avez reçu le titre de maître jardinier en 2021. Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

 Franck Serra : D’abord, je tiens à remercier l’ensemble de la profession pour ce titre, c’est une véritable reconnaissance. Cela nous a vraiment permis de passer à une vitesse supérieure. Je dis nous car je ne suis pas seul dans cette histoire. Il y a toute une équipe avec moi. Nous avons envie de revivre les mêmes sensations que lors du concours du Carré des Jardiniers. Mes collaborateurs sont toujours dans l’attente du prochain projet. C’est une bulle d’oxygène.

Vous voilà au festival des jardins du domaine de Chaumont-sur-Loire…

 Franck Serra : Oui, Chaumont m’a accordé carte blanche. C’est un grand honneur. La parcelle se nomme « Terre de feu ». La thématique de Chaumont, cette année, est consacrée aux jardins résilients. Or nous avons connu de nombreux incendies dans le Sud-Ouest l’été dernier. Cela m’a beaucoup marqué. Je ne voulais pas que l’on tourne la page comme si de rien n’était tout en donnant une certaine note d’espoir. « Terre de feu », c’est donc une promenade dans une nature qui se régénère, une végétation qui revient peu à peu. Notamment les fougères… Elles sont généralement les premières à repousser.

Comment faites-vous pour gérer un jardin qui va être exposé pendant 6 mois à la chaleur estivale et peut-être à la sécheresse ?

 Franck Serra : près de 90 % de la palette végétale est constituée par des plantes rustiques et champêtres. Elles n’ont pas besoin de beaucoup de soin pour survivre à la reprise. Nous nous sommes aussi octroyés quelques fantaisies pour que le jardin soit beau. Ces végétaux sont plus fragiles mais j’accepte de courir le risque.

Combien de temps avez-vous pris pour réaliser la parcelle de Chaumont ?

 Franck Serra : La partie réflexion prend plusieurs semaines. Il faut un bon mois et demi pour coucher sur le papier les idées, les axes sur lesquels on va venir s’appuyer. Après cette phase préparatoire, je cherche les solutions techniques pour mettre en œuvre le dessin. Et enfin arrive le temps du montage. Il est important car il permet d’affiner la création. Je me partage entre le coup de crayon, la main dans la terre et les pieds dans la boue. C’est la seule méthode pour être vraiment en connexion avec le projet, pour l’adapter, le modifier, l’agrémenter et l’améliorer encore.

Terre de feu va-t-il rester longtemps à Chaumont ?

 Franck Serra : Je souhaite que ce jardin reste dans le domaine plusieurs années. Cela serait aussi une belle preuve de résilience. Je croise les doigts. Ce serait aussi une forme de reconnaissance de notre profession puisque je suis ici avec la casquette d’ambassadeur des paysagistes. Mon jardin a aussi vocation à mettre en valeur les entreprises du paysage et notre syndicat, Val’hor.

Vous avez également participé au Festival des jardins de la Côte d’Azur qui s’est terminé le 1er mai…

 Franck Serra : Oui j’ai présenté un jardin méditerranéen. Le Sud possède un climat très différent de celui du Val-de-Loire. J’ai donc employé la végétation méditerranéenne que l’on retrouve à l’état naturel dans les coteaux. C’était une manière cohérente d’illustrer la thématique consacrée aux perspectives. J’ai donc soigné les angles de vue. 

Vous avez à peine inauguré le festival de Chaumont le 5 mai que vous étiez appelé à Périgueux le 6 mai…

Oui, j’ai été très heureux de remonter le jardin Human & Sens qui m’a permis de remporter le prix de Maître Jardinier il y a 2 ans. Je l’avais fait vadrouiller à Paris et à Lyon. Le carré est revenu chez nous, à Périgueux, début mai. C’est un honneur et une joie parce que toutes les matières employées sont périgourdines. Il est installé dans l’espace culturel François-Mitterrand, là où j’avais monté mon premier jardin, Labyrinthus, tout en osier tressé.

Et ensuite Jardins Jardin à Paris ? Vous n’arrêtez pas !

 Franck Serra : Ah oui, n’oublions pas Jardins Jardin du 1er au 4 juin aux Tuileries à Paris ! C’est un événement important pour les paysagistes. C’est une occasion de plus pour faire connaître notre métier. J’aurais l’honneur non seulement de présenter un carré éphémère sur le thème du « jardin ressources, responsables et généreux », mais aussi de parrainer la première édition du Grand Prix du jardin urbain. La nouvelle génération de créateurs va pouvoir donner tout son potentiel sur un espace de seulement 15 m². C’est très petit, ils vont donc devoir exploiter chaque centimètre carré, du sol au plafond, pour être le plus créatif possible. Ce n’est pas simple.

A ce sujet, comment va la profession ?

 Franck Serra : Je pense que les entreprises du paysage vont plutôt bien. Les chiffres sont en progression depuis le Covid. On a même enregistré des records pendant le confinement. Je crois que quand cela va bien, il faut le dire. Je pense que les paysagistes ont un bel avenir devant eux parce que le jardin est source de bien-être et de bien-vivre. Nos concitoyens ont besoin de cela pour vivre, tout simplement en tant qu’humain.

Aujourd’hui, les personnes qui font appel à des paysagistes demandent plus souvent des jardins secs. Selon vous, est-ce que c’est une tendance de fond ?

Franck Serra : Je vais rester prudent. Je dirais oui et non. L’immensité de nos clients nous demandaient déjà des jardins sans entretien. Cela ne date pas d’hier. En revanche, je note que le phénomène s’accentue avec les sécheresses à répétition. Les Français veulent naturellement des jardins économes en eau. Pour ma part, je me pose quand même la question de l’utilité de réaliser un jardin méditerranéen en plein cœur du Périgord. La région conserve des hivers parfois rudes. C’est à nous, en tant que paysagistes, de suggérer des végétaux qui ne soient pas nécessairement méditerranéens, mais qui résistent aux sécheresses. Il faut puiser dans la végétation locale. Certaines plantes ont un pouvoir de résistance suffisant pour affronter le manque d’eau. Je dis souvent que l’on peut être très créatif avec des végétaux locaux : il suffit de savoir les transformer et les associer de manière harmonieuse. Et c’est là où j’arrive à obtenir un résultat.

Le jardin Terre de feu est achevée

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