David Le Bars, le magicien du jardin
En 2015, David Le Bars arrive au domaine de La Hardouinais, en centre Bretagne. De cette friche, il va sortir un potager, une roseraie, un jardin. Rencontre avec un enchanteur enchanté.
Les frimas dominent en cette fin avril 2024. Un froid renforcé par l’humidité des 2 400 ha de forêt. Le terrain est encore détrempé par les pluies incessantes. Saint-Launeuc, près de Merdrignac, a beau se trouver à 40 minutes de Rennes, nous sommes ici en centre Bretagne. David Le Bars a eu le temps de s’acclimater au climat rigoureux : il travaille depuis 2015 au domaine de La Hardouinais : « Ici, je ne peux travailler au potager qu’à la mi-mai de toute façon. »
« Ce qui me motive le plus, c’est de partager ma passion du jardin. Pour reprendre les mots d’Audrey Hepburn : créer un jardin, c’est croire en l’avenir »
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Une solide formation
Depuis sa tendre enfance, le Breton travaille la terre : « J’ai commencé à jardiner à 14 ans. Je viens d’Étables-sur-Mer. On avait une grande famille. Il fallait se nourrir donc on a toujours eu un potager. » Il se passionne pour l’architecture et le paysage. Il prend la direction d’une école d’horticulture, non loin de Guingamp. « Arrivé là-bas, le directeur m’a dit qu’avant tout, il fallait d’abord savoir ce qu’était une plante ! » Il n’avait pas tout à fait tort… David Le Bars étudie la production en pépinière, les espaces verts, le maraîchage, l’arboriculture. Une formation de qualité qui lui donne bien plus que les bases du jardinage. Le Capa et le Bepa en poche, il travaille un temps dans le bâtiment. Un petit détour très utile pour apprendre la maçonnerie et les travaux de construction, indispensables au jardin.
Il reprend la direction d’Étables-sur-Mer comme agent des espaces verts. A 24 ans, il comprend qu’il existe un marché privé d’entretien des espaces verts. Il crée à Plouha sa petite entreprise qui se développe vite. « Ma société a grandi, grandi, grandi, au bout de 18 ans, j’avais 8 salariés. Mais le marché a évolué. Les résidences secondaires et les zones pavillonnaires se sont multipliées. Les gens voulaient des jardins sans entretien. Je plantais beaucoup d’oliviers et de palmiers. Partout des pavés, des clôtures en panneaux rigides, le portail électrique… Le travail était beaucoup moins intéressant sans parler de l’entreprise qui me prenait énormément de temps. J’ai décidé de vendre ! »
Une friche réenchanté
Il part vivre sur l’île de Bréhat. Deux années de repos ou presque… « Je donnais un coup de main à un ami qui avait une entreprise de bâtiment sur l’île, s’amuse-t-il, je faisais de temps en temps ses aménagements extérieurs. » Juste au moment où il décide de recréer une entreprise, il rencontre René Ruello. L’ancien président du Stade Rennais lui propose de réhabiliter le jardin de la Hardouinais. Réhabiliter est peut-être un grand mot. David Le Bars découvre, en 2015, une friche à la terre très argileuse. Une éponge l’hiver, du béton l’été. « J’ai commencé par cultiver une première parcelle pour voir ce que ça donnait, puis une seconde. Je me suis aperçu alors qu’il restait des résidus de l’exploitation de la forge : des scories et du mâchefer. » Fort de cette première expérience, il décide d’installer des carrés potagers et de les structurer en fonction de la grande bâtisse du XVIIIe siècle. « Au fur et à mesure des années, j’ai réussi à trouver une harmonie, je pense. » Il va l’appeler le « jardin réenchanté ». Après tout la Bretagne n’est-elle pas la terre de Merlin. Quant à la terre, le cinquantenaire fait des miracles en l’améliorant avec le fumier du centre équestre du domaine, mais aussi un paillage permanent. En ce début de printemps, des colzas apportent une touche de couleur au potager. Dès que le sol aura un peu réessuyé, ils seront enfouis pour servir d’engrais verts. Mais que faire contre les attaques des sangliers si nombreux dans la forêt toute proche ? Pas grand-chose…
Côté légumes, David Le Bars doit d’abord répondre à la demande du chef Sébastien Colleux. Il fournit en légumes l’hôtel-restaurant Ar Duën. « Je plante les tomates sous serre. En pleine terre, j’opte plutôt pour les courges, courgettes, laitues, poireaux, petit pois, haricots, navets, betteraves… » En plus de la demande des cuisines, Il doit aussi présenter un jardin aux 2 000 visiteurs du site. Il choisit d’installer différents carrés afin de présenter les plantes consommées par les Néandertaliens, les Romains, les Médiévaux, les Amérindiens et… nos grands-parents. Au total, environ 150 fruits et légumes trouvent place sur 8 ha. Son travail lui a d’ailleurs valu le Prix du potager de la société nationale d’horticulture de France en 2021. « C’était un défi, admet-il, car dans la catégorie Potagers dans un jardin paysager, j’étais en concurrence avec de grands châteaux. »
Une œuvre qui prend de l'ampleur
Mais David Le Bars ne se limite pas aux légumes. Il plante, aménage, dessine, installe des sculptures… En quelques années, il a fait de cette friche une roseraie où l’on peut admirer des rosiers au nom de peintres, d’écrivains ou de personnalités. Juste à côté, on retrouve son petit protégé : le rosier ‘Ar Duën’. Baptisée récemment en l’honneur du domaine de la Hardouinais, cette obtention de Michel Adam se remarque par ses fleurs simples au coloris jaune ourlé de rouge très lumineux. Et en majesté, près des rosiers, un chêne sessile de 300 ans, classé remarquable. Le Breton ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : « J’aimerais aménager un espace près de l’étang, en contrebas de la roseraie, non loin de la forge. Je voudrais faire une parcelle un peu sauvage, quelque chose d’exotique et d’exubérant. » Pas de doute, le domaine de la Hardouinais se voit peu à peu adjoindre un jardin exceptionnel !
Et le jardinier de conclure : « Ce qui me motive le plus, c’est de partager ma passion du jardin. Pour reprendre les mots d’Audrey Hepburn : créer un jardin, c’est croire en l’avenir ».