« Établir un pont entre agriculteurs et urbains »

Maxime Le Conte des Floris a créé Graine de Tiny, une entreprise d’hôtellerie, en 2022. Avec une idée : développer une offre touristique écologique, proche des grandes métropoles, qui profite au monde rural. Rencontre avec un jeune entrepreneur.

Eliot Kayser et Maxime Le Conte des Floris
Eliot Kayser (à gauche) et Maxime Le Conte des Floris

Vous avez créé votre entreprise, Graine de Tiny, à 26 ans. Comment vous est venu cette idée ?

Maxime Le Conte des Floris :  pour fêter la fin de mes études de commerce, je devais partir en voyage avec Eliot Kayser, mon associé. On fait les 400 coups ensemble depuis des années ! Nous avons aménagé un van de A à Z et nous devions faire le tour de l’Europe en 8 mois. Le projet est un peu tombé à l’eau à cause du Covid. Mais, en aménageant le véhicule, nous avons pensé à construire des tiny houses. Nous avons tout appris par nous-même. Ensuite Eliot et moi avons réunis nos économies et nous avons construits notre première maison.

Et vous décidez de l’installer à la campagne ?

Maxime Le Conte des Floris :  Oui nous voulions proposer un hébergement aux citadins à la recherche de nature et de déconnection. Je crois que les gens n’ont plus l’envie de faire 4 h de route pour un week-end, voire pour des vacances. Il y a tellement de petits bijoux et d’endroits magnifiques à découvrir près de chez soi. L’idée, c’est donc d’installer nos tiny houses à 2 h des grandes métropoles françaises et, en parallèle, de fournir un revenu complémentaire aux agriculteurs. Nous avons installé une maisonnette dans une première exploitation agricole, cela a tout de suite très bien fonctionné. Puis une seconde… Ensuite nous avons délégué la construction faute de temps. Aujourd’hui, nous en sommes à la 4e.

le confort douillet d'une tiny house

Ces maisonnettes sont très à la mode…

Maxime Le Conte des Floris :  c’est clairement très tendance ! Mais les petits habitats ont toujours existé : tipis, roulottes, yourtes, mobil-homes, chalets…  Les tiny houses ont été créées dans les années 1990 en Australie et sont apparues il y a une dizaine d’années en France. Il faut dire que ces mini-résidences présentent pas mal d’avantages. C’est une solution écologique : l’empreinte carbone demeure assez faible. Il n’y a pas de télévision, juste un réfrigérateur, une plaque de cuisson et un ballon d’eau chaude… et les toilettes sont sèches ! Elles restent assez rapides à construire et peu chères. Comptez entre 40 000 et 60 000 € en fonction de la taille et des matériaux utilisés. Cela reste néanmoins un investissement significatif mais moins élevé que de rénover le bâti traditionnel. Le grand atout des tiny, c’est qu’elles sont ouvertes sur l’extérieur tout en formant une sorte de cocon…

Vous installez la maisonnette chez un agriculteur et vous gérez les réservations. Comment est-ce que cela fonctionne ?

Maxime Le Conte des Floris :  Nous arrivons effectivement avec la solution clé en main. Les agriculteurs s’occupent de l’accueil des voyageurs et de la gestion du nettoyage de la tiny house entre chaque réservation. Ils peuvent évidemment proposer leurs services en plus : animation, visite de la ferme, balade à cheval, dégustations… Ils ont aussi la possibilité de vendre leurs productions, paniers repas, bouteilles de vin… Qui plus est, les agriculteurs récupèrent 30 % du chiffre d’affaires de la tiny house. Pour nous, l’essentiel est d’établir un pont entre les agriculteurs et les urbains.

une famille avec des chèvres

Les exploitants agricoles sont-ils difficiles à convaincre ?

Maxime Le Conte des Floris :  Pas du tout ! Ils sont même demandeurs. Après je vous avoue qu’avec Graine de Tiny, nous optons pour des exploitations à taille humaine et on préfère s’installer dans des endroits où les paysans ont besoin d’être soutenu financièrement. Mais oui c’est une solution d’autant plus intéressante que les tiny peuvent accueillir du monde toute l’année, même l’hiver. Elles disposent d’une excellente isolation grâce à la métisse, un matériel éco-responsable. A titre d’exemple, en février dernier, notre maisonnette installée en Normandie était le seul gîte à afficher complet.

Comment voyez-vous l’avenir de votre entreprise Graine de tiny ?

Maxime Le Conte des Floris :  Je reconnais qu’il y a des freins. Les tiny houses tombent dans une sorte de vide juridique en France. Elles restent considérées comme une construction classique. Et la législation applicable aux zones agricoles est stricte, le processus urbanistique d’installation de nos maisonnettes est donc assez complexe. Ensuite nous rencontrons un réel défi de trésorerie pour pouvoir développer l’activité. Mais je ne me laisse pas démoraliser. L’entreprise fonctionne bien. Avec Eliot, nous ambitionnons d’ouvrir 5 nouveaux lieux cette année. Et la saison estivale s’annonce très bien.

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