Claude Gueydan : une autre idée du tourisme

À l’hôtel Val-des-Sources, dans les Hautes-Alpes, Claude Gueydan incarne une hôtellerie familiale enracinée. Loin des standards touristiques, il transmet une certaine idée de l’accueil, entre gastronomie de pays, mémoire locale et lien entre générations.

Claude Gueydan devant les rosiers du Val-des-Sources, dans les Hautes-Alpes.

Au Val-des-Sources, dans le Valgaudemar, Claude Gueydan parle comme il reçoit : avec générosité. Il pose à table un plat d’oreilles d’âne et quelques beignets de pommes de terre, les ravioles, que l’on déguste avec du miel, spécialités de cette vallée alpine. Le ton est donné. Entre deux services, il raconte la rudesse de l’hiver, l’isolement d’antan, les vieux métiers, la solidarité montagnarde. Car, plus que son métier d’hôtelier, c’est un art de vivre qu’il incarne, dans cette vallée loin du tourisme de masse.

Le voyage a commencé avec Ulysse, son grand-père. « Il se retrouve orphelin et chef de famille à l’âge de 7 ans, explique l’hôtelier. Mon grand-père, ses frères et sœurs sont devenus ce qu’on appelle ici des “petits hospitaux”, des orphelins, des enfants placés. Et ce qu’a fait l’État français, pour eux, à l’époque, c’est de placer l’aîné comme valet de ferme dans un village… » Une fois adulte, Ulysse part vivre à Marseille, mais il sent la guerre venir et ramène sa famille dans les Alpes.

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C’est donc dans la vallée que Jean-Claude, le père de Claude Gueydan, grandit. C’est aussi là qu’il rencontre une belle vacancière, Simone, la mère de Claude. Prof de commerce, elle comprend vite que l’avenir de la vallée, c’est le tourisme. Ulysse est du même avis et leur donne un terrain pour construire un hôtel. « Mes parents vont donc au Crédit commercial de France. Ils expliquent leur projet. Ma mère n’est même pas du métier et mon père est un cordonnier en quasi-faillite. Il a des ardoises un peu partout dans le pays. Je ne sais pas comment ma mère s’est débrouillée, mais elle a réussi à convaincre le Crédit commercial de France de financer le projet, s’amuse Claude. Aujourd’hui, ce serait inconcevable. »

Il y a des familles qui viennent depuis trois générations. On devient une maison de famille.

Une hôtellerie restée familiale

L’hôtel Le Val-des-Sources ouvre ses portes en 1965. Claude Gueydan bourlingue un moment, avant de reprendre, dans les années 1990, l’établissement avec son épouse, Colette, passée en cuisine. « L’hôtel avait un peu vieilli. Il a fallu lui donner une nouvelle jeunesse. Nous avons tout transformé, nous avons mis des WC partout, construit une piscine, un hammam… », dit-il avec fierté. À cette époque, l’hôtellerie repose encore sur des bases simples : accueil familial, plats du pays, relations de confiance. « On accueillait pas mal de familles modestes », se souvient-il. Le lien aux clients, qui reviennent année après année, compte plus que tout. « Il y a des familles qui viennent depuis trois générations. On devient une maison de famille. » Et c’est peut-être cela, le secret de Claude Gueydan : accueillir sans jamais trahir.

L’ancien garçon de café regarde avec lucidité les mutations de son métier. Claude ne critique pas l’évolution, mais il regrette la disparition d’une hôtellerie à taille humaine. Un sourire en coin, il soupire : « Le métier a changé, c’est sûr, mais je ne regrette pas d’avoir fait ce choix. » Sous la pression réglementaire organisée par les grands groupes, un tiers des hôtels familiaux ont fermé leurs portes. Claude Gueydan évoque les dossiers administratifs, la multiplication des normes, le coût du personnel. La clientèle modeste a disparu. L’hôtellerie s’est standardisée. « On peut voyager de Rouen à Marseille en ayant la même chambre tous les soirs », remarque Claude Gueydan.

La transmission comme une évidence

Aujourd’hui, sa fille Chloé reprend le flambeau. « Elle a les épaules. Elle fera ça à sa manière, et c’est très bien. Moi, je serai là pour tailler les rosiers, faire la vaisselle si besoin. Mais je la laisserai faire. » Claude Gieydan regarde aussi les jeunes qui s’installent dans la vallée. Il pense à Sainte-Luce, ce hameau que l’on disait foutu. Une dizaine de jeunes gens viennent d’y créer une coopérative. Ils produisent sur place fromage, lait transformé, pain… L’avenir, il le voit là : dans ces initiatives locales, portées par ceux qui vivent la montagne.

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