La faïencerie Boulenger a installé son siège à Paris à la fin du XIXème siècle. Ce bâtiment superbe reste un monument unique et insolite de la capitale.

Manoir de Paris

À Paris, certaines façades racontent une histoire industrielle oubliée. Rue du Paradis, les décors de céramique de l’ancienne faïencerie Boulenger en sont l’un des témoignages les plus spectaculaires. Née à Choisy-le-Roi, alors haut lieu de la production céramique aux portes de la capitale, la manufacture a durablement marqué l’architecture parisienne de la fin du XIXᵉ siècle. Entre prouesse technique, décor urbain et ambition esthétique, ses carreaux ont transformé des immeubles ordinaires en véritables manifestes décoratifs.

Qui aurait pu deviner que le modeste atelier de céramique, créé à Choisy-le-Roi en 1804, connaîtrait un tel succès ? Et pourtant la manufacture de faïence a triomphé en quelques décennies. La vaisselle s’est arrachée. Elle était réputée pour sa palette de coloris, notamment les rouges et les orangés.

Restait un problème. Si le nombre d’ouvriers n’a cessé d’augmenter pour dépasser le millier, la maison manquait de visibilité. Il est vrai que le déplacement entre Paris et la manufacture demandait encore quelques heures à l’époque. Et qui parmi les clients auraient fait le voyage pour voir des ouvriers transpirés à la tâche ? La fin du xixème siècle, c’était aussi le temps des grands magasins comme le décrit Zola dans son roman Au bonheur des dames. Pour se faire de la publicité, en 1889, Hyppolite Boulenger a décidé de transférer le siège social de son entreprise au 18 de la rue du Paradis, près de la gare de l’Est. Il n’a pas choisi ce quartier au hasard. La maison Baccarat et la cristallerie de Saint Louis y sont déjà installées depuis 1831.

De Choisy-le-Roi à Paris : l’ascension de la faïencerie Boulenger

Question Monopoly, la rue du Paradis ne vaut pas la rue de la Paix mais ce n’est pas le boulevard de Belleville non plus. Une chose est sûre, l’industriel avait un goût prononcé pour le tape-à-l’œil : l’immeuble est imposant et cossu. Lourde façade sculptée. Hall d’entrée recouvert de vastes mosaïques en céramique. Large escalier de pierre à balustres. Salles d’exposition en guise de catalogue. Le long vestibule comprend notamment une représentation éblouissante de combat de coqs. Le style ? Le bâtiment oscille entre néogothique et déjà un air d’Art nouveau. Y figure, en grandes lettres dorées sur le fronton, le nom de Choisy-le-Roi et d’Hippolyte Boulenger.

Un investissement important mais l’industriel a tiré une carte Chance : il a obtenu le marché du revêtement des stations de métro parisiennes, les célèbres carreaux blancs ! La Caisse de communauté paye le tout. Mais au Monopoly comme dans la vraie vie, les faillites sont nombreuses et la faïencerie a finit par sombrer : la manufacture est détruite en 1952. Seul l’immeuble parisien a perduré.

La faïencerie Boulenger et l’architecture parisienne de la Belle Époque

L’édifice a accueilli à la fin des années 1970 le musée de l’Affiche, puis celui de la Publicité. Classé Monument historique en 1981, l’ancien siège social des faïenceries est racheté par un Américain, Adil Houti. Le lieu devient une attraction touristique en 2011. Voilà des cadavres, des vampires, des Quasimodo ! Les comédiens s’en donnent à cœur joie pour effrayer les visiteurs. Malheureusement, la pandémie est passée par là. L’horreur au Paradis ne paie plus. Le bâtiment a été racheté par Xavier Niel. L’enfant d’Alfortville, propriétaire du fournisseur d’accès à internet, Free, vient d’y créer une école. L’Albert School a ouvert ses portes en septembre 2022. Les étudiants y apprennent le commerce, les mathématiques, mais aussi le « python », un langage informatique. Un serpent au paradis, jusque-là tout va bien !

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