Xenia Doroshenko
un éclat de rire face à l’existence
Venue de Moldavie, Xenia Doroshenko transforme avec patience son rêve en réalité. Elle entend bien devenir réalisatrice.
Quelle joie de vivre ! Le sourire de la jeune femme de 23 ans peut partir en un clin d’œil en un rire cristallin. Xenia Doroshenko refuse les mauvais coups du sort. Elle se souvient d’abord d’une enfance heureuse. Sa mère, bibliothécaire, s’exprime en ukrainien. Son père, colonel, parle lui le roumain. Elle s’en amuse : « À la maison, nous discutions russe et, à l’extérieur, nous parlions roumain. Il faut savoir que l’Europe de l’Est est une mosaïque de peuples. Par exemple, dans le sud de la Moldavie, il y a depuis des siècles une importante communauté turque et orthodoxe : les Gagaouzes. »
Changement de monde
L’indépendance de la Moldavie en 1991 ne se fait pas sans douleur. Une partie du pays, la Transnistrie, décide de rester dans le giron de Moscou. La guerre civile de six mois laisse derrière elle son cortège de morts et de blessés, dont Igor, l’oncle de Xenia Doroshenko. Il perd ses deux jambes sur une mine. Le pays s’enfonce dans la pauvreté. Les salaires arrivent très irrégulièrement. Mais la famille fait face aux difficultés sans faiblir. Elle souligne : « Je crois que mes parents m’ont transmis rigueur et droiture. Et un grand sens de l’humour. J’ai écrit il y a quelques années un dossier sur ces gradés. Ils ont étudié à l’académie militaire durant les années 1980. Ils sont devenus officiers soviétiques juste avant la chute du Mur. Certains, comme mon père, ont fait le choix de servir la Moldavie. Pourquoi le faire ? C’est cela que je voulais comprendre. » L’histoire est parfois ironique…
La grande pudeur de Xénia
Les bouleversements géopolitiques marquent certes la jeune femme. Mais sa vie bascule à 16 ans après un accident, une chute en faisant de la varappe. « Je n’aime pas évoquer mon handicap, explique-t-elle. Pour être honnête, j’en parle rarement, même à mes amis les plus proches. » Elle a longtemps gardé l’espoir de remarcher avant de se résigner à se déplacer en fauteuil roulant. Elle s’accroche : « Je me dis que je vais y arriver, que personne ne va le faire à ma place. » Heureusement, elle rencontre Marian Stan, le président de la fédération moldave de badminton. Il lui propose de l’aider à apprendre le français. L’entraîneur rêve de travailler pour un club de badminton dans l’Hexagone. Elle a pris des cours de français à l’école afin de pouvoir étudier le cinéma en France. Finalement, Xenia se remet au sport : elle participe même durant trois ans de suite aux Jeux internationaux paralympiques. « C’était très drôle, je côtoyais de grands champions, se souvient-elle. Dans un sens, je pense que le sport est une pratique très démocratique ! » Elle retrouve ainsi confiance en elle.
L'arrivée en France
Marian Stan l’encourage et la pousse : « Pourquoi ne pas t’inscrire dans un établissement scolaire français ? » Elle est reçue à l’université de Lyon en 2018, où elle décroche une licence de cinéma. « Commencer une vie dans un autre pays, c’était dur, admet-elle. Je ne connaissais personne et mon français n’était pas terrible. » En 2022, elle arrive à Île-de-France. Accompagnée par l’entreprise adaptée Alter Ego, Xenia Doroshenko est employée en alternance chez Entrecom Production, une entreprise de production audiovisuelle, en tant qu’assistante. En parallèle, elle poursuit un master de cinéma avec une nette préférence pour le comique et la comédie.
Aujourd’hui, elle observe la guerre en Ukraine avec attention. « Je ne suis pas surprise, affirme-t-elle, c’est la méthode russe. Déchirer un pays morceau par morceau. Après l’Ukraine, ce sera le tour de la Moldavie, comme nous l’avons déjà vécu avec la Transnistrie dans les années 1990. » Elle savoure néanmoins la vie à pleine dent. Les spectateurs auront peut-être l’occasion de la retrouver d’ici quelques années dans les cinémas ou dans des salles de stand-up. Et son rire sera toujours aussi cristallin.
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