Les soldats ont trouvé des plantes pour symboliser le conflit de 1914-1918. Le bleuet bien sûr. Mais on retrouve également dans ce panthéon le coquelicot, la marguerite, le laurier, le romarin, le chrysanthème et la bruyère. Explications.
Décidément La Tête dans les Pâquerettes donne dans le joyeux. Après les plantes de la mort, le site revient sur les plantes symboliques de la Première Guerre Mondiale. Tout d’abord, il faut expliquer cette expression : « partir la fleur au fusil ». Les historiens s’accordent désormais à dire que les scènes de liesse observées au début du conflit doivent être nuancées. En réalité, le 2 août 1914, l’annonce de la mobilisation générale suscite la consternation dans les villes et la surprise dans les campagnes. Les paysans songent surtout aux récoltes. Les Français ne se précipitent pas dans les casernes mais les hommes ne veulent pas pour autant passer pour des lâches. Ils fanfaronnent et paradent… des fleurs aux képis !
Les tombes à fleurir, les blessés à secourir… les fleurs sont venus très vite commémorer les défunts et soutenir les soldats revenus du front. La plante la plus connue reste sans doute le coquelicot. Pour les pays anglophones, le poppy rappelle le sang versé par les combattants de la Première Guerre Mondiale. Le coquelicot repoussait le long des tranchées et sur les champs de bataille. C’est ce qui inspira en 1915 un poème au lieutenant-colonel canadien John McCrae : In Flanders fields (Au champ d’honneur). Le coquelicot s’institutionnalise après 1920 : le maréchal britannique Douglas Haig organise en 1921 un British Poppy Day Appeal afin de récolter des fonds destinés aux anciens combattants invalides et sans ressources. En 1921, la Great War Veteran’s Association, le plus importants des groupes d’anciens combattants canadiens, choisit le coquelicot comme symbole du souvenir. Rapidement étendue aux autres nations du Commonwealth, la pratique transforme le jour de l’armistice en Poppy Day, où de très nombreux anglophones arborent un coquelicot à la boutonnière en mémoire des soldats tombés au combat.
Après le coquelicot, le bleuet
En France la fleur de la guerre demeure le bleuet. Le nom a commencé par désigner les soldats de la classe 1915 en raison de leur nouvel uniforme bleu horizon. Ce dernier tranchait par rapport au rouge très visible de la tenue militaire de 1914. En 1916, Suzanne Lenhard et Charlotte Malleterre-Niox, deux infirmières parisiennes, ont créé un atelier de confection de fleurs en tissu pour venir en aide aux soldats blessés durant la Grande Guerre. Les infirmières voulaient offrir aux mutilés un revenu grâce à la vente de leur production.
En 1919, la France va rajouter les chrysanthèmes et les bruyères aux fleurs symboliques de la Grande Guerre. Le président de la République, Raymond Poincaré appelle alors à fleurir les tombes des soldats tombés au front. Voilà les deux végétaux consacrés… faisant dire au général de Gaulle : « Qui a jamais cru que le général de Gaulle étant appelé à la barre devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? » Si ces deux plantes ornent aujourd’hui toutes les sépultures, le bleuet reste dédié aux soldats. L’association du Bleuet de France est, dès 1934, autorisé à collecter des fonds sur la voie publique le 11 novembre et, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 8 mai. Aujourd’hui, la fleur est produite et vendue sous la houlette de l’Office national des combattants et des victimes de guerre.
Autres fleurs de guerre
Variations sur le même thème. Aux coquelicots, les Australiens et les Néo-Zélandais rajoutent le romarin en souvenir de la bataille de Gallipoli, en Turquie. Il est d’usage de porter des brins de cette aromatique le 25 avril pour la journée de l’Anzac (Australian and New Zealand Army Corps). La bataille de Gallipoli a duré de mars 1915 à janvier 1916. De leur côté, les Canadiens de Terre-Neuve et du Labrador ont opté pour le myosotis. Avant de se joindre au Canada en 1949, les Terre-Neuviens célébraient traditionnellement le Memorial Day le 1er juillet en hommage aux centaines de soldats tués ou blessés le 1er juillet 1916 durant la bataille de la Somme. Un symbole qui persiste de nos jours.
La Belgique adopte tardivement la pâquerette comme symbole de la guerre. Dans les années 1930, la princesse Marie-Louise de Mérode a décidé de vendre cette fleurette pour aider financièrement les anciens combattants ainsi qu’en témoigne cet extrait de l’hebdomadaire belge, Le Courrier de l’Armée de 1937 : « Pour commémorer le 11 novembre, chaque pays vend sa fleur nationale au bénéfice des victimes de guerre. En Angleterre, c’est le coquelicot, en Belgique la pâquerette, en Italie le lys, en Yougoslavie et en Roumanie la pivoine et la violette, au Portugal l’œillet et en France, le bleuet. » La tradition avait quasiment disparu après 1945, mais les autorités belges tentent de la remettre en vigueur. A noter que la Wallonie adopte la gaillarde comme fleur officielle en 1914. Ses couleurs, rouge et jaune, font penser à celle du drapeau.
Les vaincus de la Grande Guerre n’ont pas vraiment adopté de fleurs symboliques. Il semblerait que les fleurs séchées de myosotis soient glissées dans les lettres envoyées par les soldats allemands. Mais la plante ne se retrouve pas sur les tombes. Y sont surtout représentés des chênes, pins et sapins, des couronnes de laurier ainsi que des fleurs de réséda et des violettes. Cette absence de symbole s’explique sans doute par la défaite mais aussi par le changement de régimes que vont connaître l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, mais aussi la Russie. Les nouveaux venus sont plus préoccupés par la stabilisation des nouveaux régimes que par la célébration d’une défaite.
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