Une arme contre la sécheresse

Inondations, sécheresses, incendies… Valentine Clerc est sur tous les fronts. Membre de l’association Bayes Impact, elle met la science au service des citoyens. Rencontre avec une jeune femme engagée.

Valentine Clerc

Vous êtes responsable de recherches, c’est bien ça ?

Effectivement. Je fais partie d’une ONG qui s’appelle Bayes Impact. Elle est dirigée par Paul Duan, originaire de Trappes (78). Depuis 2014, notre association propose des services numériques d’intérêt général en relation avec l’État et l’administration publique.

Quel est le but de votre association ?

Nous militons pour le service public citoyen. Nous pensons que tout le monde doit pouvoir intervenir dans la construction des services publics. Nous sommes convaincus que la technologie peut être utilisée pour autre chose que le bénéfice individuel. Je vais vous citer un exemple : nous avons créé, avec Pôle Emploi, un site de coach numérique personnalisé pour les demandeurs d’emploi : Bob. Nous nous servons pour cela des données, les datas. 

Autre exemple : en décembre 2022, nous avons lancé un programme de mobilisation citoyenne pour créer des petits projets numériques. Cela s’appelle la Réserve.tech. Nous souhaitons répondre aux urgences environnementales et sociales. Grâce à nos 500 bénévoles, nommés les réservistes, nous pouvons nous mobiliser sur des programmes de courte durée. Cela peut être un projet lié à la crise énergétique, la sécheresse, les incendies mais aussi à la précarité, les inégalités hommes-femmes, les violences faites aux femmes…

C’est ambitieux !

Je dirais plutôt que cela avance. Deux projets ont très bien fonctionné l’année dernière. Le premier, c’est Lightsoff. Cette plateforme permet aux internautes d’envoyer des messages automatiques, polis et sympas aux commerces qui ont laissé leur lumière allumée la nuit. Nous l’avons créé à l’époque de la crise énergétique. Il y avait alors des risques de coupure de courant. Nous sommes partis du constat que la consommation électrique équivalente à celle de Marseille se perdait en éclairage inutile. Ce site a été développé en 3 semaines par les bénévoles de la communauté et repris par Greenpeace et Makesense notamment. 

Un autre projet qui a énormément marché, c’est vigiEau. C’est une plateforme d’alerte sur les restrictions d’eau. Concrètement, en janvier dernier, les réservistes se sont demandé ce qu’ils pouvaient faire face à la sécheresse. En enquêtant, nous nous sommes aperçus que les restrictions étaient peu connues. Nous avons donc travaillé avec le ministère de la Transition écologique pour ouvrir un site d’information sur les mesures de restriction d’eau. Ce sont de petits projets qui sont généralement repris par d’autres organisations pour les animer dans la durée.

Capture d'écran du site Light Off
Capture d'écran du site VigiEau

Votre prochain projet ?

Nous sommes en train de réfléchir sur un autre sujet toujours en rapport avec sécheresse. Le site va s’appeler Water Tracker. Dans ce cas, l’idée c’est de rendre simple et compréhensible ce sujet très confus qu’est la sécheresse. On en parle partout, des médias aux dîners de famille. Et on mélange un peu tout : les nappes phréatiques, les cours d’eau, les restrictions d’eau… De fait, scientifiquement, la sécheresse demeure un sujet complexe qui mobilise énormément de variables. Avec Water Tracker, nous voulons vulgariser les données publiques existantes pour apporter un peu de clarté dans le débat. D’autant que même des espèces réputées résistantes peuvent souffrir si le sol reste gorgé d’eau, comme lorsqu’on cherche à planter un olivier en sol humide.

 

Une mission délicate, non ?

Oui, mais avec notre équipe de 6 bénévoles, nous sommes en train de créer un site de représentations des données afin de les présenter de manière digeste au public. Nous en sommes à la moitié du projet. Nous avons déjà les premières maquettes mais rien n’est encore définitif. Une première partie de ce site va représenter la situation des cours d’eau, des nappes et des précipitations par rapport aux normales. Les mesures seront illustrées sous forme d’histogrammes avec des jeux de couleurs qui simplifieront leurs compréhensions. 

La seconde moitié de la plateforme donne une vision par impact. Et là je parle bien sûr du manque d’eau, de sécheresses, d’inondations, d’incendies, de fragilisation des bâtiments, de production d’électricité… Chaque risque sera représenté sous forme de graphisme ou de carte. Et l’on pourra croiser les informations ! Les Français ont besoin de comprendre ce que la sécheresse va changer concrètement dans leur vie pour qu’ils puissent agir.

D’où viennent vos informations ?

Nous travaillons avec des experts. Il nous faut des éléments scientifiques. Nous collaborons beaucoup avec le site info-secheresse.fr. Leurs ingénieurs data-hydrologues font même partie des bénévoles de notre projet. C’est un atout de taille parce qu’ils ont déjà énormément de données. 

Une partie de nos indications proviennent également du fournisseur d’eau Saur, de l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) ainsi que des différentes agences de l’eau, de Météo France, d’Era 5, un institut européen, et tous les sites gouvernementaux comme VigieEau pour les inondations, l’électricien RTE, le BRGM bien évidemment. Toutes ces données sont en open source…

Quand est-ce que vous espérez finaliser Water Tracker ?

Notre objectif, c’est d’avoir nos premières visualisations de données à Noël et de pouvoir construire la plateforme pour fin janvier ou mi-février. Je ne l’ai pas cité mais nous sommes en partenariat avec la Caisse des dépôts qui développe un site sur le même sujet. Nous allons tâcher de faire répondre nos 2 plateformes, une dédiée au grand public, l’autre plus orientée vers les acteurs locaux. Nous allons donc nous donner un peu de marge pour obtenir un résultat définitif au printemps.

Et à l’avenir ?

On va d’abord finir Water Tracker et on verra… Dans les cartons, il y a une collaboration avec les communes forestières du Var sur les incendies. La question est de mobiliser les ressources des Varois pour faire face au feu : piscines, citernes, infirmiers, etc. On aimerait aussi informer sur les obligations légales de débroussaillage. Nous ne manquons pas d’idées !

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