Jardin de curé : pourquoi ce vieux modèle reste si actuel

Des légumes, des fruitiers, des simples, mais aussi des roses, des pivoines ou des iris. Le jardin de curé mélange l’utile et l’agréable dans un espace généralement assez simple. Héritier des jardins de presbytère qui se développent surtout au XIXe siècle, il a peut-être aussi contribué à façonner l’image que nous nous faisons aujourd’hui d’un jardin autour de la maison.

Jardin de curé associant légumes, fleurs et plantes aromatiques

Le jardin de curé ne descend pas directement du jardin monastique du Moyen Âge. Des jardins existaient bien autour des cures avant la Révolution française, mais celle-ci marque une rupture. Les biens du clergé sont nationalisés et de nombreux presbytères sont vendus ou changent d’usage.

Après le Concordat de 1801 et le rétablissement du culte, il faut de nouveau loger les prêtres. Des presbytères sont récupérés, achetés ou construits. Autour de ces maisons, les curés disposent souvent d’un terrain qu’ils cultivent. Le jardin a alors une fonction très concrète : il participe à la vie quotidienne du curé et du presbytère.

Nourrir, soigner et réjouir à la fois le corps et l’esprit : voilà le leitmotiv du jardin de curé.

À quoi ressemble un jardin de curé ?

Il n’existe pas de plan type. Le jardin dépend du terrain disponible autour du presbytère, de la région et probablement beaucoup des goûts de son occupant.

On retrouve pourtant quelques principes. Le terrain est souvent clos, par un mur ou une haie. Des allées le divisent en différentes parties. Le dessin peut être assez géométrique, avec des bordures qui structurent les massifs et les espaces cultivés.

À l’intérieur, les choses sont beaucoup moins rigides. Les légumes côtoient les fleurs, les aromatiques et les plantes médicinales. Quelques arbres fruitiers apportent des récoltes mais aussi de l’ombre. Les plantes peuvent déborder sur les allées ou se ressemer d’une année sur l’autre.

Le jardin de curé repose finalement sur un équilibre assez simple : une structure lisible et des plantations beaucoup plus libres.

Des légumes, des simples et beaucoup de fleurs

Le jardin de curé emprunte beaucoup au jardin paysan qui l’entoure. Choux, poireaux, haricots, salades ou pommes de terre assurent une partie de l’alimentation. Pommiers, poiriers, pruniers et petits fruits complètent les récoltes. Sauge, thym, menthe, mélisse ou camomille sont cultivés pour la cuisine ou pour leurs usages médicinaux.

Mais les fleurs y prennent aussi une place importante. Roses, lys, iris, pivoines, dahlias et autres fleurs à bouquet servent notamment à orner l’église. Elles donnent au jardin du presbytère une dimension ornementale que le jardin strictement nourricier n’a pas nécessairement dans les mêmes proportions.

Le curé peut également s’intéresser aux techniques de greffe, à la taille des fruitiers ou aux nouveautés horticoles qui se diffusent au XIXe siècle. Son jardin se trouve ainsi à la croisée du potager paysan et du jardin d’agrément des catégories plus aisées, tout en restant à l’échelle d’une maison et d’un homme qui, souvent, le cultive lui-même.

Le jardin de curé a-t-il influencé les jardins d'aujourd'hui ?

Il serait difficile d’en faire l’unique ancêtre du jardin domestique français. Le jardin paysan, les jardins bourgeois, le développement de l’horticulture et, plus tard, la diffusion massive des plantes ornementales ont également joué leur rôle.

Mais le jardin de curé occupe une place particulière. Dans de nombreux villages, le presbytère possédait un jardin suffisamment grand pour être à la fois productif et fleuri, tout en restant à une échelle beaucoup plus proche du jardin d’une maison que du parc d’un château ou d’une demeure bourgeoise.

Il réunissait donc déjà beaucoup de ce que nous demandons aujourd’hui à un jardin : produire quelques fruits et légumes, offrir des fleurs, procurer de l’ombre, permettre de circuler et ménager un endroit agréable autour de la maison.

Le jardin de curé est ainsi progressivement devenu un style. Nous en avons retenu les petites allées, les bordures, les plantes anciennes, les fruitiers, les légumes mêlés aux fleurs et une certaine profusion végétale. Au point qu’il est parfois difficile de savoir ce qui appartient au véritable jardin de presbytère du XIXe siècle et ce que nous avons ajouté depuis à son image.

Créer un jardin de curé aujourd'hui

Il n’est pas nécessaire de reproduire un jardin ancien. Mieux vaut en reprendre les principes.

Quelques allées et des bordures suffisent à donner une structure. À l’intérieur, les plantations peuvent être beaucoup plus libres. Un rosier peut pousser à proximité des haricots, une sauge au milieu des vivaces et quelques salades entre des fleurs. Un pommier ou un poirier apporte à la fois des fruits, du volume et de l’ombre.

Les matériaux restent simples : pierre, bois, gravier, terre cuite. Une clôture, une haie ou un mur peuvent renforcer l’impression d’un jardin protégé sans qu’il soit nécessaire d’en faire un décor ancien.

Car ce qui reste du jardin de curé n’est finalement pas son mobilier ou la liste exacte des plantes que l’on y cultivait. C’est surtout une manière de concevoir le jardin : un espace à taille humaine où les fleurs, les légumes et les fruitiers se mélangent.

Où voir des jardins de curé ?

Chédigny (Indre-et-Loire)
Installé dans l’enceinte du presbytère, ce jardin recréé et ouvert au public en 2017 rassemble potager, plantes médicinales, fleurs à bouquet, fruitiers palissés et rosiers. C’est probablement l’un des meilleurs endroits pour comprendre concrètement l’organisation d’un jardin de curé.

Usson-en-Forez (Loire)
Le jardin de curé de l’Écomusée des Monts du Forez rassemble 136 plantes et bénéficie du label Jardin remarquable. Il permet notamment de retrouver les plantes traditionnellement cultivées dans ce type de jardin.

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