Richelieu, la cité idéale du XVIIe siècle en Touraine

En 1631, le cardinal de Richelieu fait bâtir une ville à côté de son château familial, destinée notamment à accueillir sa cour et ses fidèles. Une cité conçue à la mesure de son pouvoir, qui annonce, à son échelle, ce que deviendra Versailles autour de Louis XIV.

Les historiens citent volontiers André Le Nôtre quand ils veulent évoquer Versailles. Le célèbre jardinier avait déjà réalisé les jardins à la française du château de Vaux-le-Vicomte avant de bâtir le parc grandiose voulu par Louis XIV. Mais Versailles puise également une partie de son inspiration dans la ville de Richelieu, en Indre-et-Loire. 

Lorsque le cardinal de Richelieu décide de transformer ses terres familiales en duché-pairie, il ne se contente pas d’agrandir son château. Il fait construire à côté une ville entière. En 1631, Louis XIII l’autorise à créer un bourg clos de murailles et de fossés, avec une halle, des marchés et des foires. Richelieu confie l’ensemble à Jacques Lemercier, l’un des grands architectes de son temps. Près de 2 000 ouvriers travaillent sur le chantier. À la mort du cardinal, en 1642, la ville et le château sont pratiquement achevés.

Une ville construite de toutes pièces

Richelieu n’est pas une ville qui s’est développée peu à peu autour d’une église, d’un marché ou d’un château. Elle a été dessinée avant d’être construite. Son plan régulier, organisé autour de deux places reliées par une longue rue centrale, est encore parfaitement lisible aujourd’hui.

La Grande Rue est bordée de 28 hôtels particuliers. Les terrains sont donnés à des fidèles de Louis XIII et du cardinal, à charge pour eux d’y faire construire leur demeure dans les deux ans. Richelieu attire également de nouveaux habitants en leur accordant des avantages et en créant marchés et foires.

La ville doit aussi devenir un centre administratif, judiciaire et religieux. Des institutions jusque-là installées dans les villes voisines y sont transférées. Une académie destinée aux jeunes nobles y est créée. Tout est fait pour donner du poids à cette ville nouvelle sortie de terre en quelques années.

Une cité à la mesure du pouvoir de Richelieu

La cité n’est donc pas seulement un remarquable projet d’urbanisme. Elle est aussi une mise en scène du pouvoir du cardinal. Le château, la ville et leurs habitants forment un même ensemble. Dans la Grande Rue, les hôtels particuliers accueillent des proches et des fidèles du roi et de Richelieu. Habiter ici, c’est aussi vivre au plus près du pouvoir.

C’est en ce sens que Richelieu annonce, à son échelle, ce que deviendra Versailles quelques décennies plus tard. Autour de Louis XIV, la noblesse cherchera elle aussi à vivre au plus près du souverain et de la cour. À Richelieu, le principe est déjà là : un homme puissant rassemble autour de sa demeure ceux qui dépendent de sa faveur.

Le parallèle a évidemment ses limites. Richelieu n’est pas Versailles et le cardinal n’est pas le roi. Mais la ville raconte déjà cette concentration du pouvoir et la manière dont l’architecture peut contribuer à l’affirmer. Les sources historiques qualifient d’ailleurs l’ensemble ville-château de véritable « vitrine du pouvoir ».

Pourquoi le château de Richelieu a-t-il été détruit ?

De cet ensemble monumental, la ville est remarquablement bien conservée. Le château, en revanche, a presque entièrement disparu. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’a pas été détruit pendant la Révolution.

À cette époque, le domaine est confisqué comme bien d’émigré et une partie des œuvres qu’il abrite est dispersée. Le château, restitué très endommagé aux héritiers de Richelieu, est finalement vendu en 1805 à un marchand de biens. Celui-ci entreprend de le démolir pour revendre ses matériaux pierre par pierre.

 

Pour la petite histoire, Armand-Emmanuel de Richelieu devient président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII en 1815. Son prédécesseur, Charles-Maurice de Talleyrand, persifla : « Bon choix assurément, c’est l’homme en France qui connaît le mieux la Crimée. » « Le diable boiteux » n’a pas tout à fait tort. Le duc de Richelieu a organisé le peuplement de la province de Novorossio, arrachée aux Turcs en 1774 (autrement dit la Crimée et les oblasts du sud de l’Ukraine dont celui du Donbass et du Donetsk ainsi que la Transnistrie). Les colons russes sont alors arrivés en masse.

Que reste-t-il aujourd’hui de la cité idéale ?

Il en reste aujourd’hui quelques éléments : le Dôme, qui faisait partie des écuries, l’Orangerie, les caves, l’entrée principale et le tracé des canaux. Le parc, ceint de plusieurs kilomètres de murs, permet encore de mesurer l’ampleur du domaine voulu par le cardinal.

Près de quatre siècles après sa construction, c’est finalement la ville qui permet le mieux de comprendre le projet de Richelieu. Les deux places, la Grande Rue, ses hôtels particuliers, la halle, l’église, les remparts et les portes ont conservé l’essentiel du dessin du XVIIe siècle.

Cette régularité donne à Richelieu une physionomie assez étonnante. On y lit encore presque immédiatement le plan imaginé par Jacques Lemercier. La ville que le cardinal avait fait construire pour affirmer sa puissance lui a finalement mieux survécu que son immense château.

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