Abeilles sauvages : discrètes mais essentielles
On les confond souvent avec les abeilles domestiques… et pourtant, ces pollinisatrices solitaires sont tout aussi indispensables à notre alimentation qu’à la biodiversité. Portrait d’un monde ailé menacé.
Postez-vous dans le jardin et prenez patience : vous n’allez pas tarder à voir des abeilles sauvages. Elles ne sont pas toujours faciles à reconnaître, car certaines des 865 espèces (dont les bourdons) que compte la France arborent des tenues très différentes. Certaines possèdent une livrée noire et jaune, d’autres sont entièrement noires, d’autres encore se parent de couleurs plus vives, comme l’andrène rousse (Andrena fulva).
Tous les Hyménoptères membres de la famille des Apidés, bourdons compris, vont de fleur en fleur pour en tirer nectar et pollen. Mais certaines espèces d’abeilles sauvages peuvent butiner de nombreuses variétés de plantes, alors que d’autres visitent les fleurs d’une seule essence. Tout dépend de la longueur de leur langue (glosse). Ainsi, la collète du lierre (Colletes hederae) pollinise le lierre, tandis que l’andrène vague (Andrena vaga) se nourrit de la floraison des saules au début du printemps.
Des nids bien différents des ruches
Les Apidés sauvages se distinguent nettement de nos abeilles domestiques (Apis mellifera). Elles sont solitaires pour la plupart — les bourdons faisant exception. Les femelles pondent des œufs, sans présence de reine. Lorsqu’elles sortent de leur abri, elles n’ont que 3 à 7 semaines pour pondre et accumuler suffisamment de réserves pour leurs larves. Les mâles ne vivent que quelques jours.
Elles ne vivent pas en ruche, mais dans des nids variés :
– un morceau de bois (abeilles charpentières),
– une cavité rocheuse (abeilles tapissières),
– un terrier creusé dans le sol (abeilles fouisseuses),
– un abri maçonné (abeilles maçonnes).
Certaines, comme celles du genre Nomada, pondent dans le nid d’autres espèces solitaires : on les appelle abeilles coucous.
Des championnes de la pollinisation
Pendant des années, la pollinisation fut attribuée presque exclusivement aux abeilles domestiques. Mais depuis 2006, une série d’études scientifiques internationales a révélé l’importance des butineuses sauvages. Les premières augmentent la fructification de 14 %, les secondes de 28 %. Mieux encore : la présence d’abeilles sauvages améliore la qualité de la pollinisation réalisée par les domestiques.
En Belgique, on estime qu’elles sont responsables de la pollinisation de 20 % des pommes, 35 % du colza et 70 % des tomates.
Un avenir incertain pour ces pollinisateurs
Hélas, les abeilles sauvages souffrent tout autant — sinon plus — que Apis mellifera. Leur rayon d’action est plus limité (quelques centaines de mètres), elles sont donc particulièrement sensibles à la raréfaction des plantes mellifères et aux pesticides. Mais les menaces s’élargissent aujourd’hui :
– concurrence avec les ruches urbaines trop nombreuses,
– pollution lumineuse,
– microplastiques,
– réchauffement climatique,
– disparition des haies et prairies fleuries.
Depuis 2010, un programme européen vise à mieux recenser leurs populations. Mais chacun peut agir à son échelle.
Comment leur offrir refuge au jardin ?
Installez un coin en friche, laissez pousser trèfles, pissenlits ou centaurées. Évitez de tondre trop court. Et surtout, fabriquez ou installez un hôtel à insectes bien orienté (sud-est), garni de tiges creuses, bois percés ou pommes de pin.
🐝 À noter : les hôtels mal entretenus peuvent devenir des pièges. Mieux vaut les nettoyer tous les deux ans… ou privilégier les abris naturels (tas de sable, vieux murs, souches…).
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