Nicolas Laquerrière, du scénario au roman noir
Scénariste de formation, Nicolas Laquerrière passe à l’écriture romanesque avec Nueve Cuatro, un premier polar ancré dans le réel. De l’image au texte, il prolonge un regard déjà attentif aux marges, aux trajectoires individuelles et à la violence ordinaire.
Le temps, les personnages du roman de Nicolas Laquerrière, Nueve Cuatro ,en manquent cruellement. A 72 ans, Henri tente de retrouver son amie Clara. Sa voisine, une lycéenne, a disparu du jour au lendemain. Il est aidé dans sa course contre la montre par Souleymane, une petite frappe qui a toujours rêvé d’être policier. Brahim complète ce binôme. Celui-ci, un parrain de la ville, perd peu à peu la boule. La fin de son règne approche… Reste un personnage essentiel : la ville de Ratigny. Elle va vous semble bien familière avec sa mairie, son parc des sports et sa galerie marchande. Elle est située au bord de la Seine… comme Choisy-le-Roi.
Choisy m'inspire. D’abord parce que j’y ai toujours vécu. Je reprends des éléments de décor ici où là, Je me sers des gens que j’ai pu croiser pour en faire des personnages. J’utilise aussi des histoires que j’ai entendues…»
Nicolas Laquerrière
Nueve Cuatro, un premier polar ancré dans le réel
Le romancier avoue sans détour qu’il puise son inspiration à Choisy-le-Roi : « Oui la ville m’inspire. D’abord parce que j’y ai toujours vécu. Je reprends des éléments de décor ici où là, Je me sers des gens que j’ai pu croiser pour en faire des personnages. J’utilise aussi des histoires que j’ai entendues. L’avantage du roman, c’est qu’il donne à l’auteur beaucoup de liberté, contrairement à une série ou à un film. Ici, il n’y a pas de question de casting ou de coût de production ! »
Si Nicolas Laquerrière livre, avec Nueve Cuatro, son premier roman, le jeune homme n’est pas un débutant pour autant. Dès le collège il rêve de travailler dans le cinéma et c’est tout naturellement qu’il prend la direction du lycée de Créteil, option cinéma. En 2011, il tente bien d’intégrer la Fémis, la célèbre école nationale supérieure des métiers de l’image et du son, mais c’est un échec. Il persiste et signe. Il finit par intégrer la section « Création de séries » de la Fémis en 2017.
Une écriture des marges et des territoires
Ensuite tout s’enchaîne pour le scénariste. Cela ressemble presque à son écriture : nerveuse, vive, précise et fantasmagorique. Surtout Nicolas Laquerrière se fait un nom en co-écrivant le scénario des deux saisons de la série à succès Validé. Elle conte les difficultés de jeunes rappeurs rattrapés par les histoires des cités. « L’écriture de séries demeure assez spécifique, précise l’auteur. D’une part cela prend beaucoup plus de de temps que d’écrire un film. Il faut penser sur un temps long : un film dure 90 minutes, 2 heures tout au plus. Une série, ce sont des petites unités de temps de 30 ou 50 minutes. A chaque fois, il faut inventer une histoire qui tienne sur l’épisode et surtout qui s’intègre bien à la saison. » Et des scénaristes qui viennent de banlieue, il n’y en a pas des masses…
En septembre dernier, il a même décroché le Fonds Création & Diversité, imaginé par France Télévisions et la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), pour un scénario : Gogoplata. « L’histoire démarre par une agression homophobe dans une ville de province. La meilleure amie du mec agressé décide que ça ne peut plus durer. Pour trouver une solution, elle est obligée de se tourner vers la personne à qui elle ne voulait plus jamais parler : son frère, un prof d’arts martiaux. C’est la rencontre de deux mondes, celui des LGBT et des quartiers. Une lutte contre les idées reçues ! »
Le roman noir comme prolongement du regard
Le romancier a-t-il peur de se laisser enfermer dans un genre ? Nicolas Laquerrière balaie la question d’un revers de la main : « Pas du tout. Je revendique même le fait de m’amuser à écrire des histoires de gangsters. J’ai envie de raconter la banlieue d’une autre manière. L’aspect social m’intéresse bien sûr. Mais au-delà de cela, c’est le potentiel mythologique et romanesque des grandes figures de la street qui m’intéresse, histoire de leur donner leurs lettres de noblesse en quelque sorte, comme on l’a fait jadis pour les bandits des bas-fonds de Paris. » L’auteur aime à comparer la banlieue à Alice au pays des merveilles. Il suffit de passer de l’autre côté du miroir pour découvrir un autre monde.
Nueve Cuatro de Nicolas Laquerrière, HarperCollins, 437 p., 19 euros.
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