Quel avenir pour le frelon oriental en France ?
Il est brun-roux, porte une large bande jaune sur l’abdomen et vient du bassin méditerranéen. Observé pour la première fois à Marseille en 2021, le frelon oriental reste encore discret en France. En Espagne, en revanche, il gagne du terrain et inquiète les apiculteurs.
Septembre 2021. Alain Coache réalise une étude d’impact dans le quartier de la Cabucelle, dans le nord de Marseille. Sur les fleurs de lierre, l’entomologiste observe des frelons européens et quelques frelons asiatiques. Puis un autre insecte attire son attention. « Ce n’est qu’en fin de matinée que mon regard se pose sur une grosse guêpe que je n’avais encore jamais rencontrée », racontera-t-il quelques jours plus tard à Passion Entomologie. L’insecte est rapidement identifié. Il s’agit de Vespa orientalis, le frelon oriental. Une première en France métropolitaine.
Et le frelon n’est pas seul. Plusieurs individus l’accompagnent. Des recherches sont entreprises pour retrouver les nids et confirmer ce que les entomologistes soupçonnent déjà : le frelon oriental ne s’est pas simplement égaré à Marseille, il s’y reproduit.
Les observations se poursuivent les années suivantes. Des nids sont découverts à Marseille en 2022 et 2023. Des individus sont également signalés dans le Var et les Alpes-Maritimes.
Pourtant, cinq ans après sa découverte, le frelon oriental n’a pas connu l’expansion fulgurante du frelon asiatique. En mars 2025, le gouvernement indiquait que le Muséum national d’Histoire naturelle suivait son évolution, « qui pour le moment reste discrète ».
Reste que l’animal sait se faire oublier. Contrairement au frelon asiatique, dont les énormes nids construits dans les arbres deviennent assez faciles à repérer en automne, le frelon oriental installe les siens dans des cavités, parfois sous terre. Il est donc là. Mais difficile encore de savoir dans quelle mesure.
Un frelon venu de Méditerranée
Le frelon oriental est assez facile à reconnaître. Son corps est essentiellement brun-roux, avec une large bande jaune sur l’abdomen et des marques jaunes bien visibles sur la face.
Rien à voir avec le frelon asiatique (Vespa velutina), beaucoup plus sombre, presque noir, avec une bande orangée sur l’abdomen et le bout des pattes jaune. Quant au frelon européen (Vespa crabro), il conserve l’aspect jaune et brun que l’on associe généralement aux guêpes et aux frelons.
Mais Vespa orientalis présente une autre particularité. Contrairement au frelon asiatique, il n’est pas totalement étranger à l’Europe. L’espèce vit naturellement dans le bassin méditerranéen oriental, dans les Balkans, en Grèce, à Chypre, en Turquie, au Moyen-Orient ou encore en Afrique du Nord. Depuis quelques années, elle apparaît cependant de plus en plus loin vers l’ouest.
Alors, comment est-elle arrivée à Marseille ? Difficile de répondre avec certitude. L’hypothèse d’une introduction accidentelle est évidemment plausible dans l’un des principaux ports de Méditerranée. Des individus ou des reines peuvent voyager avec les marchandises. Mais une autre explication intéresse les scientifiques : celle d’une progression de l’espèce vers de nouveaux territoires devenus plus accueillants. Car le frelon oriental aime la chaleur.
Trois frelons à ne pas confondre
L'européen
Vespa crabo plus grand des trois : les ouvrières mesurent généralement 18 à 25 mm et les reines peuvent atteindre 35 mm. Son abdomen est largement jaune, rayé de brun ou de noir, tandis que la tête et le thorax sont brun-roux.
L'asiatique
Plus petit que le frelon européen, Vespa velutina mesure autour de 20 à 25 mm. Il est beaucoup plus sombre, avec un thorax noir, une large bande orangée sur l’abdomen et surtout des pattes sombres terminées de jaune.
L'oriental
De taille voisine du frelon asiatique, autour de 20 à 25 mm chez les ouvrières. Vespa orientalis se distingue facilement par sa dominante brun-roux, sa face largement jaune et la large bande jaune qui tranche sur son abdomen.
En Espagne, l’histoire est déjà différente
Il suffit de traverser les Pyrénées pour mesurer ce dont le frelon oriental est capable. Signalé en Andalousie en 2018, il y gagne depuis rapidement du terrain.
Une étude menée par des chercheurs espagnols a recensé 695 signalements dans la péninsule Ibérique jusqu’à la fin de l’année 2024. Les populations sont particulièrement importantes autour de Cadix et de Malaga, mais l’espèce est désormais observée dans plusieurs autres provinces.
En 2026, sa progression se poursuit. À Cordoue, les chercheurs ont suivi dès le printemps de nouvelles colonies. Plus à l’est, après une première détection à Majorque en 2025, un premier nid a été découvert à Ibiza en juillet 2026.
En quelques années, Vespa orientalis est donc passé du statut de nouvel arrivant à celui d’espèce installée dans plusieurs régions espagnoles.
Le scénario espagnol peut-il se reproduire en France ?
Rien ne permet de l’affirmer aujourd’hui. Le frelon asiatique a été identifié pour la première fois en France en 2004. Vingt ans plus tard, il a colonisé presque tout le pays et largement dépassé nos frontières. Le frelon oriental est présent à Marseille depuis cinq ans, mais fait peu parler de lui.
Mais plusieurs éléments incitent à le surveiller de près. D’abord ce qui se passe en Espagne. En quelques années, l’espèce est parvenue à s’installer dans plusieurs régions.
Ensuite, le climat. Vespa orientalis est une espèce adaptée aux régions chaudes et sèches. Des hivers plus doux peuvent favoriser la survie des reines tandis que des étés plus chauds rendent de nouveaux territoires accessibles.
Enfin, il existe une différence importante avec le frelon asiatique. Le frelon oriental vit naturellement dans une partie de l’Europe. Il ne peut donc pas être considéré de la même manière qu’une espèce venue d’un autre continent. Le gouvernement français rappelait ainsi en 2025 que sa présence naturelle dans certains pays européens ne permettait pas son inscription sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne.
Une subtilité réglementaire qui pourrait avoir son importance si l’espèce venait à progresser rapidement en France.
À lire aussi
Nos dernières parutions
Recevez les prochains articles
de la Tête dans les Pâquerettes



