Hubert Reeves, un regard d’astrophysicien sur les jardins

Quelques années avant sa disparition, Hubert Reeves m’avait accordé un long entretien. Derrière l’astrophysicien mondialement connu se révélait un passionné de nature, convaincu que les jardins pouvaient nous aider à mieux comprendre le vivant. Retour sur une rencontre qui m’a marqué.

portrait de Hubert Reeves

L’astrophysicien canadien Hubert Reeves est mort le 13 octobre 2023 à l’âge de 91 ans

Une rencontre longtemps attendue

C’était une belle journée de printemps. J’attendais patiemment ce rendez-vous que j’avais mis tant de temps à obtenir. À 87 ans, Hubert Reeves se déplaçait peu, excepté pour donner des conférences de temps en temps. Il préférait rester à Malicorne, dans sa demeure bourguignonne. Il a donc fallu qu’il rejoigne son appartement du 5e arrondissement de Paris pour le rencontrer. 

Je voulais l’interroger sur son rapport aux plantes à la suite de la parution de son livre J’ai vu une fleur sauvage. Pour lui, apprendre à reconnaître ce que l’on appelle les mauvaises herbes demande un peu de patience mais apporte un plaisir intense. Il voulait partager, dans cet ouvrage, le rapport personnel qu’il entretenait avec chacun des végétaux qu’il croisait en Bourgogne.

Une parole calme et lumineuse

Dans cet entretien (à lire sur le site de Rustica), Hubert Reeves m’a marqué par son calme, sa profonde intelligence et sa vivacité d’esprit. Ses yeux bleus pétillaient… Je l’entends encore me parler d’environnement. 

« Longtemps, j’ai défendu le nucléaire, mon domaine d’étude à l’ori­gine. Cela promettait l’énergie gratuite, la fin de la pauvreté… On rêvait ! Puis, dans les années 1970, j’enseignais à New York la physique des atmosphères, notamment les problèmes de dioxyde de carbone. Pour comprendre ces exoplanètes, je suis allé voir d’autres profes­seurs, ceux qui étudiaient l’atmosphère de la terre. Ils m’ont montré l’ampleur des rejets de gaz car­bonique sur notre planète. Une catastrophe qui avait commencé dans l’immédiat après-guerre. »

La lucidité face au réchauffement climatique

Le scientifique m’a alors expliqué que, dans les années 1970, les chercheurs avaient déjà des inquiétudes sur le réchauffement climatique. « Nous avions réussi à convaincre Jimmy Carter, se souvenait-il, mais, hélas c’est Ronald Reagan qui a emporté les élections américaines ! » 

Hubert Reeves restait cependant très optimiste : « Je crois que nous sommes dans une phase de lutte entre deux forces qui prennent de la puissance. La première est une force de détérioration. Les hommes ont toujours saccagé la planète. Comme ils n’étaient pas nombreux, ce n’était pas très grave. Avec la hausse de la population, ce qui était un effet mineur est devenu majeur. Cette détérioration de la nature augmente : déforestation, pollution de l’eau… La nature est dans un état lamen­table ! En parallèle, une force de restaura­tion émerge. Aujourd’hui, tout le monde connaît le problème du réchauffement climatique et sait que la terre pourrait devenir inhabitable. Il y a 20 ans le mot écologie était à peine connu. »

Regarder la terre après avoir regardé le ciel

Il nous restera d’Hubert Reeves la forêt millénaire qu’il avait commencé à planter à Malicorne. Son idée ? Installer des essences capables de vivre très longtemps. Après s’être passionné pour le ciel, il regardait avec bienveillance la terre… La disparition d’Hubert Reeves est une grande perte : il était un phare pour le grand public tant il savait parler de sciences et d’écologie.

En quittant Hubert Reeves ce jour-là, je me suis dit qu’il regardait les jardins avec le même émerveillement que le ciel. Les grands arbres, qu’il invitait à planter pour les générations futures, côtoyaient dans son regard les plus humbles fleurs sauvages, celles qu’il avait célébrées dans son livre J’ai vu une fleur sauvage. Une invitation à observer le vivant avec curiosité, qu’il s’agisse d’un vieux chêne, d’une haie bocagère ou d’une simple plante messicole au bord d’un champ.

 

En relisant aujourd’hui cet entretien, je mesure combien les paroles de Hubert Reeves continuent de résonner. Son regard sur le vivant, sa confiance dans la capacité de chacun à agir et son émerveillement devant les plus modestes manifestations de la nature irriguent, à leur manière, la ligne éditoriale de La Tête dans les Pâquerettes. Si ce site peut contribuer, modestement, à donner envie d’observer, de comprendre et de protéger le monde végétal, alors il aura lui aussi apporté sa pierre à l’édifice.

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