Plastique compostable : pourquoi il vaut mieux ne pas le mettre au compost
« Compostable », « biodégradable », « biosourcé »… Les mentions rassurantes se multiplient sur les sacs et les emballages. Pourtant, ils n’ont pas forcément leur place dans le composteur du jardin. Même certifiés compostables, certains plastiques peuvent mal s’y dégrader et laisser des fragments dans le compost.
Épluchures de carottes, trognons de pommes, fanes de radis… Au rayon fruits et légumes, les petits sacs translucides estampillés « compostables » semblent avoir trouvé une seconde vie toute tracée. Une fois les courses rangées, il suffirait de les remplir de déchets de cuisine et de jeter le tout dans le composteur.
C’est justement ce geste, apparemment logique, que les autorités sanitaires recommandent d’éviter. Dans un avis consacré aux plastiques biosourcés, biodégradables et compostables, l’Anses souligne que les conditions réelles d’un composteur de jardin ne garantissent pas leur dégradation complète.
Compostable ne veut pas dire qu’il disparaîtra dans votre compost
Pour se dégrader correctement, un plastique compostable a besoin de conditions précises : température, humidité, oxygénation, activité des micro-organismes et durée de compostage.
Or, un composteur domestique est un milieu très variable. Sa température monte et descend avec les saisons, son humidité dépend des apports et de la météo, et son contenu n’est pas toujours suffisamment brassé.
C’est toute la différence entre être « compostable » dans des conditions définies et disparaître effectivement dans le composteur installé au fond du jardin.
Biosourcé, biodégradable, compostable : trois choses différentes
Les trois termes sont souvent confondus. Un plastique biosourcé est fabriqué, au moins en partie, à partir de matières issues de la biomasse plutôt que du pétrole. Cela ne signifie pas qu’il est biodégradable.
Un plastique biodégradable peut être décomposé par des micro-organismes dans certaines conditions. Le mot ne précise ni la durée nécessaire ni le milieu dans lequel cette dégradation doit avoir lieu.
Un plastique compostable répond, lui, à des critères de biodégradation et de désintégration dans des conditions de compostage déterminées. Et il faut encore distinguer les matériaux destinés au compostage industriel de ceux certifiés pour le compostage domestique.
Même les plastiques certifiés posent question
En France, la norme NF T51-800 définit les exigences applicables aux plastiques présentés comme aptes au compostage domestique.
Mais l’Anses relève une limite importante : les essais sont réalisés dans des conditions contrôlées qu’un particulier aura beaucoup de mal à reproduire exactement dans son jardin. L’agence estime donc que la conformité à une norme ne garantit pas à elle seule une biodégradation satisfaisante dans toutes les situations de compostage domestique.
L’ADEME a également testé des sacs compostables dans des conditions réelles de compostage domestique. Leur comportement dépend notamment de la température, du brassage et de l’humidité du compost.
Des fragments de plastique peuvent subsister
C’est là que le problème devient moins théorique. Si le matériau ne se dégrade pas complètement, des fragments peuvent rester dans le compost puis être dispersés dans la terre lorsqu’on l’utilise au potager ou dans les massifs.
L’Anses souligne notamment que les conditions d’essai utilisées pour évaluer ces matériaux ne permettent pas de garantir l’absence de macroplastiques ou de microplastiques dans l’environnement.
Des travaux scientifiques récents renforcent cette prudence. Une étude publiée en 2024 dans la revue Waste Management a testé plusieurs sacs certifiés compostables dans des composteurs domestiques extérieurs. Des fragments de plus de 5 mm et des microplastiques de moins de 2 mm ont été retrouvés dans tous les composts étudiés.
Alors, peut-on mettre un sac compostable au compost ?
La règle la plus simple reste de ne mettre aucun plastique dans son composteur domestique, même lorsqu’il porte la mention « compostable ».
Cette précaution ne remet pas en cause l’intérêt de ces matériaux dans les filières pour lesquelles ils ont été conçus. Un sac compostable peut notamment servir à collecter les déchets alimentaires lorsque la collectivité autorise son utilisation pour la collecte séparée des biodéchets.
Mais pour fabriquer le compost destiné à retourner dans la terre du jardin, inutile de prendre le risque. Épluchures, marc de café, feuilles mortes, brindilles, broyat ou tontes bien dosées suffisent largement à nourrir le composteur.
Quant au sac, mieux vaut suivre les consignes locales de tri : s’il s’agit d’un emballage, il peut généralement rejoindre le bac jaune plutôt que le composteur.
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